A la Une

Afrique : La faillite du contre-terrorisme occidental Existe-t-il une alternative ?

Afrique : La faillite du contre-terrorisme occidental
Existe-t-il une alternative ?

Le rapport de Chatham House indique qu’aujourd’hui, au Sahel, « le succès dépend avant tout de la volonté (bien plus que de la capacité) de dirigeants corrompus à se réformer et à renouveler leur contrat social avec les citoyens, en particulier dans les zones rurales. Les efforts internationaux échoueront tant que l’impunité prévaudra et que les armées locales pourront tuer des civils et renverser des gouvernements sans en subir de conséquences. »

Cette conclusion est incomplète. Les gouvernements africains portent en effet une grande part de responsabilité dans ces échecs. Elizabeth Shackelford a raison lorsqu’elle déclare, dans un article précédent de Responsible Statecraft, que la solution au Mozambique « réside dans une gouvernance efficace, et il n’existe aucun raccourci pour y parvenir ». Cependant, c’est une erreur de faire porter la responsabilité de l’échec et de la recherche d’alternatives aux seuls gouvernements africains.

La corruption, la sur-militarisation et l’incapacité à financer les biens et services sociaux sont, dans leur grande majorité, déterminées et rendues possibles par les politiques mondiales définies par les États-Unis et d’autres puissances mondiales. L’impunité pour les abus commis à l’encontre des civils concerne non seulement les gouvernements africains mais aussi les puissances extérieures.

En outre, les facteurs locaux sont également déterminants pour créer ou anéantir toute possibilité réelle en matière de rétablissement de la paix, comme le montre clairement la répartition inégale de la violence extrémiste dans les pays africains. Il n’existe pas de formule universelle pour améliorer la gouvernance et réduire la violence. Toute proposition de changement doit tenir compte des particularités de chaque situation plutôt que de se satisfaire de quelques conseils à vocation générale. Au Mozambique, par exemple, les universitaires et les groupes de la société civile ont engagé un vif débat concernant les origines complexes de l’insurrection à Cabo Delgado. Les facteurs pertinents sont multiples : divisions au sein de cette province, marginalisation de la population locale par le gouvernement, tactiques militaires répressives de l’État et impact des mines de rubis appartenant à des étrangers et finalement, projets de gaz naturel à grande échelle.

La réponse militaire du gouvernement du Mozambique a été à la fois inefficace et entachée de violations des droits humains. De plus, malgré une réponse proactive à la COVID-19, les investissements dans la plupart des services publics destinés aux zones rurales ont été paralysés par la corruption ainsi que par le manque de ressources. Ni la mauvaise gouvernance ni les échecs militaires ne peuvent être compris si on ne tient pas compte du contexte de la dette occulte de 2,2 milliards de dollars qui incombe à des fonctionnaires mozambicains, mais qui est initiée par une compagnie maritime du Moyen-Orient et implique des banques suisses et russes.

Comme Human Rights Watch l’a souligné dans une récente déclaration, le Mozambique a tout à la fois le droit et le devoir de protéger les civils, et il a clairement besoin d’une aide extérieure pour y parvenir. Cependant, le danger est que le Mozambique ne devienne une nouvelle illustration du piège que représente une intervention, piège par lequel une militarisation menée de l’extérieur, accompagnée de l’impunité pour les abus et d’un engagement seulement symbolique en faveur d’une réponse humanitaire et de la sécurité des populations, renforce la violence extrémiste. Pour éviter que cela n’arrive, le gouvernement mozambicain et ses partenaires étrangers doivent être contraints à des normes plus élevées de transparence et de responsabilité.

On ne peut faire confiance ni au gouvernement mozambicain ni aux forces extérieures qui fournissent une assistance militaire – qu’il s’agisse de mercenaires, de puissances occidentales ou de pays africains de la région – pour exercer une autosurveillance. En outre, malgré l’existence d’un important corpus de lois internationales sur les droits humains et les conflits armés, il n’existe aucune agence multilatérale indépendante ayant le mandat ou la capacité de surveiller les conflits en cours.

La société civile et les médias mozambicains, ainsi que les groupes internationaux de défense des droits humains, continueront de s’employer à dénoncer et à critiquer ces abus. Les critiques mozambicains et étrangers du gouvernement de Maputo sont également pratiquement unanimes pour réclamer davantage d’investissements dans les biens et services publics destinés à la population générale.

Au Mozambique, au Sahel et ailleurs, la responsabilité de vérifier les violations des droits humains est une responsabilité qui relève du monde tout autant que des autorités locales. Les pays qui en ont les moyens doivent également s’engager à financer ce que le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a appelé l’année dernière, lors de la conférence Nelson Mandela, « un nouveau contrat social pour une nouvelle ère ».

Il est vraisemblable que de tels changements se produiront au coup par coup, voire pas du tout. Même le Fonds monétaire international a averti qu’il était urgent d’augmenter les investissements dans les biens publics tels que l’éducation, la santé et un filet de sécurité sociale de base pour tous. Pourtant, l’alternative – le maintien du déséquilibre en faveur des réponses militaires – garantit presque certainement qu’il y aura un terrain fertile pour que l’extrémisme violent continue de se développer.

Source : Responsible Statecraft, William Minter, Elizabeth Schmidt, 08-04-2021

Print Friendly, PDF & Email

URL courte: https://pointschauds.info/fr/afrique-la-faillite-du-contre-terrorisme-occidental-existe-t-il-une-alternative/

Publié par sur fév 11 2013. Archivé sous Evènement, Faits divers. Vous pouvez suivre les réponses à cet article par le RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse ou un trackback sur cet article

Les commentaires sont fermés.


Voir tous les dossiers

Éditoriale

Page normale sans titre

C’est finalement avec adresse politique et intelligence que le royaume chérifien a raccompagné les islamistes à la porte. Petite malheureusement. Fin donc d’un conflit politique et idéologique qui couvait depuis de longues années. L’adage dit « après la pluie c’est le beau temps ». Si le proverbe s’applique majestueusement au Makhzen, Malheureusement ça ne s’applique pas aux islamistes du PJD qui, après le beau temps se retrouvent dans la tourmente d’un échec lamentable conséquence d’un vote sanction infligé par les marocains à cette formation politique au profit de partis considérés comme proches du palais royal......

Suite...

l’ESSENTIEL DE POINTS CHAUDS

POINTS CHAUDS TV

..Ecoutez Points Chauds NetRadio





Libye : Le Come-back de ...

Géopolitiques/ Espionnage...

Qui compose l’« Émirat is...

L’État Islamique, le « Pr...

Arnaque médiatique ? L’Ir...

sur le Mobile

Version P-PDF

Version Digitale

News Letters

Recevez nos dernières nouvelles directement dans votre boîte de réception. Vous recevrez un email d'activation!


info@pointschauds.info , redaction@pointschauds.info, dg@pointschauds.info, pub@pointschauds.info