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Mauritanie : Point de Mire/Diplomatie mauritanienne ! Erreur d’appréciation ?

Le Président de la République, Son Excellence Monsieur Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani  a adressé le 15 avril  un  message de félicitations à son homologue guinéen, le Président Alpha Condé suite aux résultats du référendum constitutionnel organisé le 22 mars dans son pays. Dans ce message le chef de l’état mauritanien a écrit qu’il a « suivi avec intérêt, le référendum constitutionnel qui s’est tenu dans son pays et dont les résultats ont reflété la forte adhésion de la très grande majorité des guinéens à la nouvelle constitution sur laquelle ils étaient appelés à s’exprimer. Le vote massif du peuple guinéen, en faveur de la nouvelle constitution, nous offre, aujourd’hui, l’agréable occasion, de vous adresser nos plus vives félicitations et de souhaiter au peuple et à l’État, guinéens davantage de progrès et de prospérité »

A mon avis rien ne justifie que  le président de la république  adresse des félicitations au président guinéen à la suite de ce référendum contesté,  qui  a fait descendre dans la rue des millions de citoyens guinéens dont certains ont perdus la vie sous les balles de  la répression policière. Le référendum du 22 mars en Guinée ne reflétait qu’un désir : celui d’un homme qui n’a pas été capable de prouver durant deux mandats qu’il est un chef d’État de consensus national. Ce référendum ne reflète  donc en aucun cas,   le désir d’un peuple dont la liberté a été confisquée et la démocratie séquestrée. Il exprime  clairement l’obstination d’un chef d’état à  rester au pouvoir après avoir trompé son peuple depuis qu’il a été élu à la tête du pays.

La diplomatie mauritanienne, en conseillant au chef de l’état cette ingérence  maladroite et inopportune  dans les affaires d’un pays ami, dévoile sa triste réalité. Cette diplomatie progresse en sens inverse de l’histoire, du bon sens et du droit des peuples de ne pas laisser voler les clés  des verrouillages des  constitutions de leurs pays. Les élections qui se sont déroulées en Guinée pour modifier la constitution  sont  la fin d’un long processus de dictature   qui a mis en place un cadre « institutionnel » imposé pour le maintien au pouvoir  d’Alpha Condé pour un troisième mandat. Notre diplomatie par un non-sens est allée donc en sens opposé à  des principes pour lesquels la diplomatie mondiale lutte. L’alternance démocratique.

Le Ministère des Affaires étrangères de notre pays est sensé savoir que le référendum  organisé en guinée pour modifier la constitution s’est déroulé dans un climat de violences meurtrières  qui a opposé un  pouvoir décrié   à une opposition regroupée au sein du Front national guinéen pour de Défense de la Constitution. Une affaire interne à un pays ami dans laquelle notre  diplomatie ne devait pas s’ingérer d’aucune manière que se soit,  encore moins en faisant signer un président, nouveau dans les affaires,  un message pour  se féliciter  des résultats contestés d’un vote entaché d’irrégularités et organisé dans la violence et la répression. Depuis mi-octobre 2019, des manifestations massives sont organisées  sans discontinuer à travers toute  la guinée, des journées villes mortes   soutiennent ces manifestations et depuis cette date le pouvoir en Guinée renoue avec la violence et la brutalité policière qui ont  fait   30  morts  dans les rangs des citoyens opposés  à ce que la constitution de leur pays soit  remodelée et ajustée sur le désir d’un homme rongé par la maladie,  l’incompétence, la folie des grandeurs  qui   porte sur lui et devant l’histoire la lourde  responsabilité des violences les plus meurtrières de ces trois dernières années en Guinée.

Le 08 Novembre 2018 deux guinéens sont abattus par balles à Conakry durant des manifestations qui ont fait plus de 70 blessés dont certains graves. Le 17 octobre 2019 le peuple de guinée enterrait  9 manifestants tombés sous les balles de la répression sanglante. 26 citoyens guinéens descendus dans la rue ont perdus leurs vies entre le 19 octobre 2019 et le 25 janvier 2020. La diplomatie mauritanienne donne l’impression d’être complètement  disjonctée par rapport aux réalités de l’actualité politique en Guinée. Je ne peux donc pas  comprendre pourquoi,   notre pays qui avait  freiné brusquement la course folle de notre ancien président Ould Abdel Aziz, dans la mise en place du scénario d’un processus de référendum afin de s’ouvrir un couloir  légal pour le passage vers un troisième mandat   félicite Alpha Condé qui a réussi cette prouesse laissant sur le parcours de ses acrobaties des cadavres. Ces félicitations adressées par le chef de l’état mauritanien à son homologue guinéen sont, de mon avis,  un non sens et une  ingérence maladroite dans les affaires intérieures d’un pays dont le peuple est attaché au  peuple mauritanien  par  des liens fraternels très profonds.

Pour rafraîchir la mémoire aux conseillers du Ministère des Affaires étrangères. Ce sont les cadres guinéens qui ont soutenus le décollage du système éducatif de notre pays au lendemain de son indépendance en 1960. Ce sont les fonctionnaires  guinéens qui ont fait fonctionner les petites structures sanitaires  naissantes au lendemain de notre indépendance. Depuis ces dates, les guinéens au nombre de 250.000, selon un recensement approximatif, vivent en symbiose parmi nos populations. Ils sont dans l’informel, les petites gargotes, la couture, les dépannages électroniques. Ces guinéens réfugiés dans notre pays sont chassés par les violences sanguinaires des régimes  qui se sont succédés depuis Sékou Touré. La  guinéenne voilée vendeuse des beignets de la médina 3,  le  guinéen tailleur styliste de Tevragh-Zeina, le vendeur de « Tangana »  d’El  Mechrou ou Ain Talh, le guinéen vendeur de fruits de la polyclinique  auront beaucoup de mal à avaler le contenu du message adressé par Ould El Ghazaouni au président guinéen pour le féliciter après ce référendum dont le “oui”  a été obtenu  en tirant à balles réelles sur des citoyens qui avaient simplement pour ambition de protéger la constitution de leur pays.

Erreur d’appréciation ?  Erreur de jugement ?  Faute d’interprétation ? Incompétence ? Quoiqu’il en soit, la diplomatie mauritanienne s’est inculpée en suggérant au Chef de l’Etat d’adresser  des félicitations à l’occasion d’un événement qui  n’en est pas un et qui aurait pu être passé sous silence.  Ce qui compte dans les relations entre pays se sont les liens séculaires qui unissent les citoyens de ces pays. Les chefs d’états  sont des responsables en transhumance de pouvoir. Le peuple et les citoyens restent et se perpétuent dans leur volonté de sortir leur pays de la misère et de la pauvreté. Les relations entre pays sont bâties sur l’intérêt des citoyens mais pas sur l’intérêt  des individus qui  gouvernent les pays. Le peuple guinéen qui a versé son sang pour dénoncer  les manigances d’un des présidents africains les plus décriés ne pardonnera  sans doute pas à l’histoire d’avoir induit en erreur le gouvernement mauritanien pour féliciter un des symboles les plus plus pointés du doigt en matière  d’injustice sociale et démocratique.

Si notre diplomatie considère qu’elle n’a fait que son devoir alors  corrigeons l’erreur que nous avons commise il n’y a pas longtemps. Celle  d’avoir barré le chemin à notre ancien chef de l’état.  Celui-ci avait dit que “la constitution n’est pas le coran”.Puisqu’elle n’est pas le coran,  organisons   un nouveau référendum  pour  ramener Aziz à sa place pour effectuer  un troisième mandat pour  que le pillage continue, pour que l’opposition soit muselée comme le passé, pour que tous ceux qui avaient pris le départ pour s’éloigner de lui  fassent demi-tour,  pour que les dossiers de l’enquête parlementaire soient classés sans suite, pour que le président de la CENI reprenne du service à la guinéenne cette fois, pour que l’ancien chef de l’état se venge de tous ceux qui le croyaient enterré définitivement, et enfin pour que Ould El Ghazouani se retire du pouvoir pendant qu’il est temps ou avant que  certains de ses proches collaborateurs malintentionnés ne le vendent aux enchères publiques comme ils l’ont fait pour Aziz qui était jusqu’en juillet de  l’année dernière un “grand chef d’état”, puissant, craint, respecté et qui  n’est plus  aujourd’hui que l’ombre de lui même, un homme traqué physiquement, politiquement,  moralement et  judiciairement par ceux-là mêmes qui  étaient très proches de lui  avant son départ en Turkye avec ses malles du mal.

Mohamed Chighali

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Publié par sur fév 11 2013. Archivé sous Evènement, Faits divers. Vous pouvez suivre les réponses à cet article par le RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse ou un trackback sur cet article

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