Un nouveau moyen de transport à Nouakchott : les charrettes-taxis-pirogues

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charLes inondations qui n’ont épargné en réalité aucun quartier de Nouakchott, la capitale mauritanienne, ont déplacé les débats de la crise politique vers l’inaction du gouvernement face au déchaînement de la nature.

Les pluies et les « dommages collatéraux » qu’elles ont causés aux Nouakchottois ont constitué une aubaine pour l’opposition, qui a saisi l’occasion au vol, pour tirer à boulets rouges sur le pouvoir.

Les attaques étaient telles que, finalement, le président Mohamed Ould Abdel Aziz était sorti de son mutisme pour tenir un propos vite tourné – et retourné – par les médias : « Oui, nous avons failli dans le domaine de l’assainissement. Oui, Nouakchott est sinistré aujourd’hui.

Oui, nous avons renoncé à un projet d’assainissement qui devait être confié à une société chinoise parce qu’on a jugé qu’il était coûteux pour l’Etat ». Ici, les gens ne peuvent s’empêcher de penser à ce qui pourrait bien être la vraie raison : après l’échec de l’expérience avec Poly-Hondone, dans le domaine de la pêche, le gouvernement mauritanien ne veut sans doute pas donner l’occasion à l’opposition de dénoncer ce qu’elle considère comme l’amateurisme de sa politique économique et sociale.

Aziz avait pourtant raison, quand il demandait aux Nouakchottois s’ils avaient un réseau d’assainissement dans le passé. Le Nouakchott d’il y a vingt-trente ans avait les mêmes problèmes que celui d’aujourd’hui. Comme le montre cette photo. Mais il avait aussi quelque part tort : quand on vient au pouvoir, quand on le prend surtout, en ayant comme programme « le changement constructif », on n’a plus d’excuse. On ne regarde plus en arrière pour dire : « Vous n’aviez pas », « c’est la faute aux accumulations ».

On doit répondre aux attaques en agissant. C’est ce qu’Aziz a finalement compris. Quand le parti « Taouassoul », d’obédience islamiste, a engagé sa jeunesse dans une campagne d’assainissement des rues de Nouakchott et qu’aucun parti de la majorité présidentielle n’a donné la réplique, le président est descendu lui-même sur le terrain en allant voir la Socogim PS, le quartier le plus sinistré de Nouakchott.

Certes, il était déjà venu, dans les mêmes circonstances, il y a deux ans, mais l’action cette fois-ci a immédiatement suivi. Le génie militaire, sollicité à chaque fois que le gouvernement est en panne de moyens, s’est lancé dans une opération de drainage des eaux de pluie vers la mer. Une action qui probablement doit s’inscrire dans la durée, car c’est tout Nouakchott qui est touché.

Une semaine après les dernières pluies, le département d’El Mina offre encore une vue désolante de marécages aux eaux nauséabondes. Les charrettes ont supplanté les taxis comme moyen de transport. Elles font la navette entre le marché et ses différentes entrées transformées en « gare ».

Mais le trajet que j’ai fait pour effectuer ce reportage n’est pas sans risque : les voitures qui nous croisent nous éclaboussent comme pour nous punir d’avoir fait le choix de la charrette comme moyen de transport. La vidéo ci-dessous est l’illustration parfaite du martyre des Nouakchottois en cette période de fin d’hivernage.

Lors de cette « traversée » très spéciale, j’ai engagé la conversation suivante avec un passager de la charrette-taxi-pirogue » :

– Surtout que notre « conducteur » ne nous fait pas tomber dans ces eaux nauséabondes. Ce qu’on cherche, c’est traverser, pas nager.

– Il cherche encore des « clients » mais il va les mettre où ?

– Hé, continue ton chemin, personne ne veut plus monter, t’as plus de place.

– Ces voitures-là qui nous croisent risquent de nous éclabousser.

– Oui, j’ai l’impression que les taximans font exprès de nous éclabousser.

– Oui, je crois bien, parce que les charretiers leur ont ravi leurs clients.

Morale de l’histoire : les gouvernants passent (et repassent), les problèmes demeurent. S’ils n’empirent pas…

 

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