SYRIE. Lavrov – Kerry, porte-flingues de l’arsenal diplomatique

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syrie-lavrov-kerry-123Les deux chefs de la diplomatie russe et américain se rencontrent ce jeudi à Genève pour évoquer le contrôle international des armes chimiques syriennes. Portraits.

Deux jours seulement après que le président Barack Obama a annulé, le 7 août, une réunion bilatérale avec Vladimir Poutine prévue en septembre, le secrétaire d’Etat John Kerry s’est assis au côté de son homologue russe à Washington pour réparer les pots cassés. “Serguei Lavrov et moi, nous sommes comme de vieux joueurs de hockey et nous savons tous les deux que la diplomatie, comme le hockey, peut provoquer des collisions occasionnellement. Alors nous sommes francs, très francs sur les sujets sur lesquels nous sommes d’accord mais aussi sur ceux sur lesquels nous sommes en désaccord”, racontait alors John Kerry.

Depuis l’arrivée de John Kerry au poste de secrétaire d’Etat, les observateurs s’accordent à dire que si les sujets de frictions sont toujours aussi important, le ton est nettement moins glacial qu’à l’époque d’Hillary Clinton ou Condoleeza Rice. Jeudi, les deux hommes vont se rencontrer à Genève pour évoquer le dossier syrien après la proposition russe de placer sous contrôle international l’arsenal chimique de Bachar al-Assad. Les bons rapports qu’ils entretiennent pourront-il être la clé d’un début de résolution ? Portrait des deux hommes.

Sergueï Lavrov : “Sa moralité, c’est l’Etat russe”

Il est aujourd’hui “l’homme qui a changé la donne diplomatique”. Parce qu’il a su saisir au bond une boutade de son homologue américain, la transformant en une sortie de crise honorable à la veille de possibles frappes occidentales contre le régime de Bachar al-Assad en Syrie, Sergueï Lavrov est devenu le plus habile gambler de la partie de poker proche-orientale du moment.

Ce diplomate de carrière de 63 ans originaire de Géorgie, issu d’une famille arménienne, a consacré sa vie à défendre la grandeur russe sur la scène internationale. En poste depuis l’ère Brejnev, Lavrov est un admirateur de Gorcharov dont il souligne qu’il a su “restaurer l’influence russe sur l’Europe après la défaite de Crimée sans manipuler une arme”.

Faut-il y voir un lien avec ses efforts actuels au Proche-Orient ? Depuis deux ans et demi que la guerre civile perdure dans le pays du clan Assad, la Russie pousse la communauté internationale – essentiellement par une politique d’obstruction systématique aux propositions occidentales – à ne pas lever le petit doigt pour aider la rébellion syrienne, remettant Moscou au centre des plans de vol des avions diplomatiques.

Lavrov le pragmatique ?

“Je ne crois pas aux idéologies dans les relations internationales” confiait en avril le ministre des Affaires étrangères russe à l’hebdomadaire américain “Foreign Policy”. “J’ai débuté ma carrière diplomatique, comme vous le savez, à l’époque soviétique, et quoique l’idéologie était à un niveau élevé de l’agenda du Parti communiste, je peux vous assurer qu’en termes pratiques, nous essayions toujours de rester pragmatiques. Et c’est toujours le cas aujourd’hui”.

L’hebdomadaire, qui cite un collègue de longue date du ministre, décrit avant tout un patriote. “Il estime que les années 1990 ont été humiliantes pour la Russie. Son ambition est de restaurer le profil de la Russie, sa politique étrangère”, affirme ce collaborateur.

Cette ligne dure ne fait pourtant pas de Sergueï Lavrov un austère bureaucrate. Pas très prolixe lorsqu’il s’agit de parler de sa vie personnelle, il est tout de même connu pour ses costumes italiens et son goût pour le bon vin. Fumeur invétéré, il a aussi mené un combat acharné contre l’interdiction du tabac à l’Onu.

Fidélité sans faille

Le diplomate, outre sa discipline patriotique, fait également preuve d’une discipline de parti infaillible. Ministre depuis neuf ans, on ne lui connaît qu’un seul et unique désaccord avec Vladimir Poutine. Et encore: il avait juste commis l’imprudence de donner son avis avant ce dernier sur le projet de loi visant à interdire l’adoption des orphelins russes par des Américains – une mesure de rétorsion à la liste Magnistki adoptée par le Sénat américain. Mais après s’être prononcé contre, il était rapidement rentré dans le rang.

Le patriotisme comme unique ligne de conduite ? L’ancien secrétaire d’État adjoint américain auprès de Condoleezza Rice, John Negroponte, ne voit pas les choses autrement, lui qui l’avait notamment côtoyé à l’ONU : “S’il a la moindre référence morale, mon compteur Geiger ne l’a jamais détectée”, lâche-t-il. “Sa moralité, c’est l’Etat russe”.

Et aujourd’hui, aux yeux de Sergueï Lavrov, l’intérêt russe dicte de soutenir le régime de Bachar al-Assad à Damas.

 

 

Le Nouvel Observateur

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