MAKY AZIZ 123Les relations entre la Mauritanie et le Sénégal fluctuent au gré de l’humeur, bonne ou mauvaise, des dirigeants des deux pays. A peine élu, le nouveau président Macky Sall, tombeur du « Vieux » Abdoulaye Wade, dans une élection dont la démocratie sénégalaise est sortie ragaillardie, a dû faire face à un début de crise avec la Mauritanie qui a failli réveiller les vieux démons de 1989. Mais sa gestion intelligente de part et d’autre du Fleuve, qui constitue une frontière naturelle entre les deux pays, a montré, une fois de plus, que Mauritaniens et Sénégalais sont condamnés à vivre ensemble.

«Et l’on peut dire que la visite effectuée par Macky Sall à Nouakchott, le 16 septembre de l’année dernière , a sans doute permis aux deux présidents de dépasser les divergences de forme, perceptible quelques mois avant l’arrivée au pouvoir de Macky Sall. Deux précédentes rencontres, à Dakar, lors de l’investiture du nouveau président sénégalais, le 02 avril 2012, et à Adis Abeba, le 15 juillet dernier, ont balisé le terrain à un retour à la normale consacré par le dépassement des questions qui fâchent : L’enrôlement des étrangers vivant en Mauritanie, dont une bonne partie de Sénégalais, et le renouvellement de quelque 300 licences pour des pêcheurs opérant dans les eaux territoriales mauritaniennes du côté de Saint-Louis.

Oublié donc la crainte de voir le Sénégal appliquer aux mauritaniens vivant sur son sol le payement d’un droit de séjour – puisque Dakar s’est toujours défendu de vouloir répondre par la  loi du talion et que même Nouakchott a fini par renoncer à ces droits, pour l’ensemble des étrangers – Oublié également le froid qui a caractérisé les relations entre les deux pays, quand Dakar avait montré ses réticences à extrader vers la Mauritanie l’homme d’affaires et opposant Moustapha Ould Limam Chavii, inscrit par Nouakchott sur la liste des « parrains » du terrorisme au Sahel et contre lequel un mandat d’arrêt international avait été lancé.

Le refus d’obtempérer de Dakar était vu par certains comme une volonté du nouveau président Macky Sall de « marquer son territoire », comme on dit, par rapport à un Ould Abdel Aziz que l’on accuse, à tort ou à raison, de vouloir en imposer à ses voisins immédiats (Maliens et Sénégalais).

Relations indispensables

Pourtant, la Mauritanie et le Sénégal (tout comme le Mali) doivent se convaincre, une fois pour toutes, de la nécessité de « vivre ensemble ». Des chercheurs qui ont travaillé sur « la mobilité des échanges » entre les trois pays remarquent que, cinquante ans après leurs indépendances, le Sénégal, le Mali et la Mauritanie, « la question de l’intégration régionale, de la fluidification des échanges et des mouvements de populations entre les trois Etats se pose (toujours) avec acuité. » L’étude, menée par Armelle Choplin et Jérôme Lombard pour le compte de la revue EchoGéo, tente de « confronter les principes de la CEDEAO (libre circulation des biens et des hommes) à la réalité des mobilités dans cette région » et fait ressortir, du coup, un constat alarmant : les « contradictions entre l’essor des réseaux de transports, l’intensification des échanges et les pratiques sociales transnationales (sont) entravées par de nombreux contrôles. »

Une de ces difficultés est sans doute l’impossibilité pour les transporteurs mauritaniens et sénégalais de circuler librement entre les deux pays. Transport de marchandises et de personnes s’arrêtent aux bords des deux rives et cette situation a sans nul doute une conséquence directe sur l’exacerbation visible des tensions aux points de franchissement entre le Sénégal et la Mauritanie, et notamment au niveau du bac de Rosso. Certes, les deux pays n’imposent pas de visas d’entrée à leurs ressortissants respectifs mais les contrôles à l’entrée ne vont pas vraiment dans le sens de cette intégration régionale et africaine qui constitue le soubassement des regroupements auxquels appartiennent les deux pays : OMVS, CILSS, UA. On peut même dire que, même en étant hors de la CEDEAO (Communauté économique des états de l’Afrique de l’ouest), la Mauritanie entretient un partenariat privilégié avec cette organisation sous-régionale regroupant 15 Etats de l’Afrique subsaharienne, tout comme le Sénégal dont les rapports avec les pays de l’UMA sont sans ambages.

C’est pour dire que les difficultés qui résultent des impératifs étatiques propres à chaque gouvernement (protectionnisme, question sécuritaire, identitaire même) ne doivent pas faire oublier, cependant, que ces Etats sont condamnés à rester « ouvert » l’un sur l’autre, l’un pour l’autre. Si le Sénégal envoie en Mauritanie des dizaines de milliers de travailleurs dans les secteurs de la pêche, des BTP et du transport, les mauritaniens sont dans le commerce en grand nombre, non seulement au Sénégal, mais sans tout l’espace ouest-africain. Une activité « compensatoire » qui fait craindre que toute mesure de prophylaxie économique prise par Nouakchott risque d’avoir un impact négatif sur la présence dans ces Etats de centaines de milliers de Mauritaniens faisant du négoce leur raison d’être.

Ce qui fait alors que la liberté de circulation des personnes et des biens, officiellement reconnue, doit être prise en compte, de manière plus efficiente, dans les politiques globales de développement pour que les voyageurs ne restent pas à la merci des mesures coercitives menées par chaque État.

C’est dire, tout simplement, que le politique, souvent en conflit avec l’économique et le social, doit reconsidérer les relations entre Etats voisins en fonctions des priorités de chaque pouvoir qui arrive mais aussi des expériences passées permettant de retomber dans les travers d’un nationalisme de basse gamme.

M N

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