Secteur des pêches en Mauritanie : Stratégie nouvelle pour sortie de crise

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pécheAprès des années de soubresauts qui ont fini par mettre au tapis les acteurs de la pêche en Mauritanie, l’espoir pourrait renaitre dans le secteur. La nouvelle stratégie des pêches 2014-2018, initiée par le département de tutelle, semble avoir insufflé un nouvel espoir dans le secteur. L’accord signé dimanche 7 septembre de la Caisse de dépôt et de développement (CDD) et de la Société mauritanienne de commercialisation du poisson (SMCP) entrerait dans ce cadre.

La salle de conférence du Ministère des pêches et de l’économie maritime avait abrité dimanche 7 septembre 2014 une cérémonie de signature qui a porté sur une convention de financement d’un montant de 2 Milliards d’UM, entre la CDD et la SMCP. Aux termes de cet accord, des lignes de crédit devront être ouverts dans plusieurs banques du pays pour offrir de la liquidité aux acteurs du secteur et leur permettre de poursuivre leurs activités, une démarche qui entre dans le cadre de la nouvelle politique de promotion de l’économie maritime adoptée par les pouvoirs publics.

Malgré les efforts déployés par les autorités publiques pour réhabiliter le secteur, certains observateurs et acteurs des pêches restent dubitatifs quant à l’efficience des résultats attendus, tant la pratique a tendance à vider de son sens les plans les plus élaborés. Ces derniers craignent que le crédit maritime connaisse le sort peu enviable du crédit agricole qui a été des années durant « la vache à lait » de professionnels de l’agriculture qui l’ont finalement mis à genoux. Les milliards drainés par l’accord CDD-SMPC pourraient en effet finir dans les poches d’armateurs véreux et leurs chaînes de complicité, en laissant en rade les véritables producteurs, en l’occurrence les pêcheurs artisanaux.

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Reste cependant que la nouvelle stratégie des pêches 2014-2018, telle qu’annoncée dans ses grandes lignes, aurait insufflé un vent d’espoir dans le milieu marin après des années de crise endémiques qui ont compromis son existence. N’empêche, les acteurs ont soulevé plusieurs zones d’ombre dans la nouvelle stratégie et se demandent à juste titre si elle prendra en compte leurs aspirations dans le cadre d’une concertation élargie aux acteurs et aux praticiens du secteur, à l’image de la stratégie avortée de 2008. Et de mettre en exergue les crises successives qui secouent la pêche traditionnelle, la plus grande pourvoyeuse d’emplois et nœud vital des habitants des villes et hameaux côtiers. Il s’agit d’un secteur affaibli par des déséquilibres structurels selon les experts, et qui nécessite un remède de cheval pour l’extirper de la profonde crise dans laquelle il se débat.

Parmi les crises qui compromettent aujourd’hui le monde marin, la mévente des produits halieutiques souverains, notamment le poulpe, sont cités, mais surtout l’inexistence d’une véritable industrie d’Etat, capable d’absorber les surplus du marché. L’accaparement du secteur de l’industrie maritime par le privé est en effet décrié par les petits producteurs qui appellent l’Etat à revenir dans le domaine économique. La mainmise des classificateurs étrangers, notamment Coréens, dans le monde marin est également sur la sellette des revendications ; les acteurs nationaux des pêches considérant qu’ils sont partie intégrante du problème, voudraient bien savoir quelles sont les raisons réelles qui se cachent derrière l’échec des pouvoirs publics à achever la mauritanisation des postes dans le domaine des pêches.

La montée vertigineuse du prix du carburant face à la chute drastique du prix du poisson constitue aussi un problème majeur qui angoisse les pêcheurs, lesquels lui amputent l’anéantissement de tous leurs efforts de production. Au cœur de la problématique, la non activation de la politique de commercialisation qui serait à l’origine de la crise que connaît la SMCP depuis les années 80.

Aux problèmes de la pêche traditionnelle seraient venus se greffer ceux de la pêche industrielle qui ne s’en sortirait pas mieux. Ils sont nombreux les observateurs qui trouvent qu’il est aujourd’hui impérieux de renouveler la flotte nationale constituée de vieux rafiots en déliquescence et qui constituent autant de menaces pour la vie des équipages. La gestion du personnel marin en Mauritanie ne constitue pas selon les acteurs l’aspect le plus négligeable de la crise, notamment les nombreuses violations de la Convention collective non modifiée depuis des années, les licenciements abusifs des employés face à l’impuissance de la Direction maritime, le niveau bas des salaires du personnel embarqué et à terre. Cela sans compter, la mauvaise condition des équipages à bord des navires, exposés à tous les abus.

Enfin, la société chinoise Poly-Hondon est en elle-même une équation ; l’accord de partenariat qui la lie à l’Etat mauritanien continue d’être décrié, pendant que la société continue d’échapperait au contrôle administratif. Par ailleurs, au bout de trois ans d’activité, elle n’a pas encore respecté ses engagements, notamment le recrutement de 2500 travailleurs.

Cheikh Aïdara

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