PAKISTAN:Un article sur les liens entre les services secrets et Ben Laden censuré

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2403-PAKISTANUn grand espace blanc défigurait la une du New York Times distribué au Pakistan le samedi 22 mars. Etait effacé un article infamant pour les services secrets, accusés d’avoir protégé Al-Qaida. Réactions.

Mauvaise surprise pour les Pakistanais lecteurs de l’édition internationale du New York Times du 22 mars. Un immense espace blanc s’affichait à la une. Il remplaçait un article, visiblement jugé trop critique pour être imprimé, de Carlotta Gall sur les liens entre Ben Laden et l’ISI, les services secrets pakistanais.

Dans son article, Gall, qui vient de publier un livre intitulé The Wrong Enemy: America in Afghanistan, 2001-2014 [Le mauvais ennemi : les Etats-Unis en Afghanistan, 2001-2014], accuse l’ISI d’avoir créé une cellule spéciale pour protéger Al-Qaida et son chef, Ben Laden. Selon elle, les Etats-Unis se sont trompés de cible en envahissant l’Afghanistan et auraient dû regarder plus à l’ouest…

La journaliste pakistanaise Bina Shah, qui avait lu l’article de Carlotta Gall avant sa parution, a livré dès le 19 mars un contrepoint, dans une version légèrement amendée de cet article sur son blog. Selon elle, l’article censuré est “rempli d’allégations de bas étage et l’argument est fondé sur des spéculations et des ragots avec très peu de preuves concrètes”.

Pas étonnant, selon Bina Shah, car Carlotta Gall a des comptes à régler avec le Pakistan, dont elle a un jour été expulsée. De plus, les Etats-Unis sont en train de revoir leur alliance avec le Pakistan, à l’heure du retrait des troupes de l’Afghanistan voisin.

 VU DE NEW DELHI

— Les services secrets pakistanais montrés du doigt

Le mécanisme antiterroriste conjoint indo-pakistanais vient de connaître son baptême du feu. Quatre jours après l’explosion des bombes contre le train Samjhauta Express [voir CI n° 851, du 22 février 2007], qui a fait 68 morts, un Pakistan irascible vient d’exprimer son manque de confiance dans les enquêtes menées par les autorités indiennes. Signe de ce mécontentement, il a rapatrié par avion tous les blessés qui séjournaient à l’hôpital Safdarjung de Delhi, y compris des témoins clés. Pour les services de renseignements indiens, qui tentent d’identifier le cerveau des attentats, les soupçons s’orientent vers des éléments dévoyés de l’ISI [services secrets pakistanais], et non vers une unité de fedayins [“ceux qui font le sacrifice suprême”, nom que le groupe militant Lashkar-e-Taiba, impliqué dans de nombreux attentats en Inde, donne aux kamikazes], comme on l’avait cru dans un premier temps. Des responsables du renseignement ont déclaré que de récents rapports remis au conseiller à la sécurité nationale avaient averti de la “menace émergente” d’un groupe d’officiers de l’ISI opérant pour leur propre compte.
Ils affirment que l’attentat survenu le 19 février, près de Panipat, avait pour but de faire échouer le processus de paix engagé entre l’Inde et le Pakistan. Les deux valises bourrées d’explosifs récupérées dans le train comportent des indices qui vont dans ce sens. “Le câblage complexe des bombes suppose la participation de personnes ayant accès à des moyens importants, qui travaillent pour une institution comme l’ISI. Il ne s’agissait pas d’une bombe artisanale, comme c’est souvent le cas”, affirme un spécialiste du renseignement. La planification évoque un certain professionnalisme. Contrairement aux attentats de Bombay, en 1993, où les minuteries et les détonateurs provenaient manifestement de l’armée pakistanaise, il n’est pas facile de remonter la piste des bombes du 19 février. Compte tenu de la complexité des engins explosifs, les experts excluent qu’il s’agisse de fedayins. “Nous avons l’impression que les terroristes ont posé les bombes, puis sont descendus du train à Old Delhi”, explique une source. Le choix du moment n’a pas été non plus laissé au hasard. L’attentat a eu lieu quelques jours avant la réunion de la commission conjointe indo-pakistanaise sur le terrorisme. Le ministre des Affaires étrangères du Pakistan, Khurshid Mahmud Kasuri, devait faire une visite marquante en Inde. Le responsable de la diplomatie avait des projets pour donner un élan décisif au processus de paix. Il entendait proposer l’organisation d’une rencontre entre Mirwaiz Umer Farooq [partisan modéré de l’indépendance du Cachemire], Yasin Malik [chef du Front de libération du Jammu-et-Cachemire] et Syed Ali Shah Geelani [partisan de la partition du Cachemire avec l’Inde – il s’agit de trois hommes clés dans le processus de paix au Cachemire indien] afin de leur proposer un plan de paix acceptable à la fois par l’Inde et par le Pakistan. Cette initiative, selon certaines sources, aurait irrité au plus haut point des éléments extrémistes au sein de l’ISI. L’attentat cherchait à enflammer la colère des Pakistanais et à éviter de nouvelles concessions au Cachemire.

 

 

 

 

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