Paix et sécurité au Sahel: Une équation africaine?

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mali123Il y a bientôt un an, l’armée française intervenait au Mali afin de chasser les terroristes du territoire malien et de reconquérir la partie nord du pays qui était tombée sous le joug d’AQMI et du MUJAO.

Cependant, comme nous le rappellent les attaques sporadiques contre les militaires et les civils ainsi que la dernière opération militaire française baptisée Opération Hydre – paradoxalement, dans la mythologie grecque, l’Hydre de Lerne est une créature décrite comme un monstre possédant plusieurs têtes, dont une immortelle, qui se régénéraient doublement lorsqu’elles étaient tranchées – la situation sécuritaire demeure préoccupante au nord du Mali.

La Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation au Mali (MINUSMA) chargée du maintien de la paix se plaint quant à elle du manque de moyens ainsi que des salaires non versés à ses hommes.

Sécurité et stabilité passent par coopération

Plus globalement, l’insécurité prévaut dans cette vaste région qu’est le Sahel – d’une longueur de 5000 kilomètres pour une profondeur de 300 kilomètres – en raison de la dissémination des groupes armés qui pour beaucoup ont maintenant trouvé refuge dans la Libye voisine et dangereusement instable.

Ces jihadistes hautement mobiles ont aussi réadapté leurs stratégies afin de déjouer les surveillances terrestres -et accessoirement aériennes- en creusant des tunnels afin de traverser avec leurs armes et bagages les frontières régionales déjà hautement poreuses, imitant ainsi les palestiniens de Gaza qui eux cherchent à atténuer l’enclavement économique de leur territoire imposé par Israël.

Aussi, il est important que la sécurité et stabilité des Etats africains passe en premier lieu par un renforcement accru de la coopération régionale. A cet effet, les armées malienne, tunisienne, nigérienne et algérienne ont conduit récemment une opération de ratissage coordonnée sur les territoires de ces Etats, impliquant pas moins de 8000 soldats et officiers. Cela démontre s’il en est que la lutte collective contre le terrorisme est une priorité pour les pays de la région sahélo-maghrébine.

Cependant, pour une plus grande efficacité, la coopération des pays du champ qui inclue la Mauritanie, le Mali, le Niger et l’Algérie pourrait aussi être approfondie en s’étendant à d’autres Etats voisins ou de la sous-région, tel que le Nigeria qui fait lui aussi face aux attaques terroristes répétées de Boko Haram et Ansaru.

Les instruments sont déjà en place

En outre, malgré leurs imperfections, les outils juridiques, analytiques et militaires régionaux et continentaux sont disponibles, tel que le Comité d’Etat-major opérationnel conjoint (CEMOC), le Centre africain d’études et de recherche sur le terrorisme (CAERT) – inaugurés en 2010 et 2004 respectivement – au Maghreb et au Sahel ainsi que les textes de l’Union Africaine (UA) condamnant par exemple le paiement des rançons aux terroristes.

Il ne faut pas oublier que ces derniers se nourrissent non seulement de ces lâches et lucratives actions que sont les prises d’otages mais financent aussi en retour leurs actions violentes et meurtrières avec l’argent versé par les Etats. Aussi, ces dispositifs mis en place par les africains se doivent d’être le fer de lance de toute coopération sécuritaire régionale et internationale en Afrique.

Car ce que l’opération Serval nous indique – tout comme l’intervention de l’OTAN en Libye – est qu’une étroite coopération et collaboration avec le continent africain doit en premier lieu tenir compte de la position de l’UA. Le partenariat entre l’Union européenne (UE) et l’UA se doit d’être poursuivi sur la base de tels mécanismes et non pas à travers des missions ad hoc telle que l’opération Serval qui in fine ne seront jamais la panacée aux équations sécuritaires africaines, mais aussi occidentales.

Cocktail explosif

Les maux qui ont abouti à la crise sahélo-malienne mais aussi à plusieurs conflits à travers le continent tel qu’en Somalie, au Sahara occidental ou demain la Casamance au Sénégal sont apparents et leurs origines datent souvent de plusieurs décennies. Surtout, et c’est sans nul doute les raisons et les racines derrière ces instabilités qu’il est urgent de questionner afin d’y remédier:

La misère, la sécheresse, l’absence de sécurité alimentaire, l’injustice sociale et politique, la corruption et la faiblesse des institutions gouvernementales sont autant de facteurs favorisant le terrorisme et l’insécurité. En outre, il n’est pas inutile de répéter ici que combattre frontalement par les armes des forces asymétriques telles que les terroristes d’AQMI, du MUJAO ou al Shabab en Afrique de l’Est est indéniablement voué à un échec cuisant. En effet, ces hommes et femmes arriveront toujours à muer, demeurant ainsi un danger permanent pour les populations africaines mais aussi, le cas échéant, occidentales.

La situation au Mali, au Sahel mais aussi dans d’autres pays du continent africain tel que la Somalie, la RDC ou le Kenya – comme nous l’a tristement rappelé la lâche attaque du centre commercial de Westgate à Nairobi au mois de septembre – demeure préoccupante. Et le terrorisme associé au trafic de drogues, de cigarettes, de médicaments, de petites armes et autres commerces lucratifs est devenu un dangereux cocktail explosif pour le continent.

Aussi, ce n’est qu’en renforçant les institutions respectives des pays africains, en travaillant main dans la main avec les civils, les militaires et les différents membres de la société civile que ces menaces peuvent sinon disparaitre, s’estomper.

Ce n’est qu’en trouvant des réponses concrètes à ces problèmes que la sécurité et stabilité des pays africains peut accroitre. Mais cela, les Africains ne peuvent a l’heure actuelle l’achever seuls. Un partenariat solide avec les Européens, les Etats-Unis mais aussi d’autres Etats et régions du globe se doit de répondre à ces problématiques.

“L’Afrique est notre avenir”

Tel est le titre du récent rapport de la commission des Affaires étrangères du Sénat. Sans aucun doute! Toutefois, cet afro-optimisme ne doit nullement se faire au détriment des intérêts des peuples africains premièrement concernés.

En avril 2014, le sommet UE-UA aura lieu à Bruxelles. Cette rencontre devrait être l’occasion pour les Africains de réitérer leur profond attachement à un partenariat géostratégique solide avec les européens qui se doit cependant de demeurer sous l’égide des pays africains – ownership – prenant en compte et en premier lieu la position de l’UA et des intérêts de ses Etats membres. Toute autre alternative et option est vouée à l’échec.

 

Al Huffington Post Maghreb

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