Nouakchott se noie et le gouvernement croise les bras

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noier-ds-eauLes principaux quartiers de Nouakchott ont les pieds dans l’eau, dans les zones périphériques et pauvres comme Dar Naim, Riad, Baasra, et même Sebkha, des milliers de familles sont sans abris. La raison : quelques gouttes de pluie.

Jusqu’ici les sinistrés n’ont pas encore vu une intervention des autorités, sous quelque forme que ça soit. Et de toute les façons il ya peu de chose à faire à part venir en aide matériellement pour compenser partiellement les pertes considérables.

Les maigres moyens des services d’assainissement se focalisent sur les mares qui se sont formées en plein centre ville, pour le pompage des eaux stagnantes et dégager ainsi le périmètre de la présidence et des ambassades. Il faut dire que chaque année, on est face au même problème.

Contrairement à toutes les villes du monde, Nouakchott ne dispose pas de réseau fiable pour l’évacuation des eaux usées et de ruissellement. L’ancien réseau, aujourd’hui vétuste et saturé, a été construit dans les années 1960 et était destiné à la cité naissante dont les habitants faisaient à peine 5000 personnes.

Aujourd’hui, la ville compte prés d’un million d’habitants. Et toute sa consommation d’eau finit dans son sous sol à telle enseigne, que la ville est maintenant comme posée sur un chiffon imbibé d’eau. Les anciens quartiers comme le Ksar qui ont subi l’épreuve du temps en s’enfonçant dans le sol, quasiment toutes les maisons anciennes connaissent le phénomène de suintement de l’eau.

Les habitants ne savent plus à quel saint se vouer. Les écoles et les dispensaires sont envahis et tous ceux qui ont les moyens de déménager l’ont fait.

Pour le moment, les autorités publiques ne semblent mener aucune réflexion pour la mise en place d’un assainissement digne de ce nom, le seul à même d’assurer une solution pérenne. Pourtant en février 2010, l’actuel ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement, M. Mohamed Lemine Ould Aboye et la directrice adjointe de la société chinoise, China Gezhouba Group International Corporation, CGGC, Mme Ma Ying Ying avait signé un mémorandum d’entente confiant à la société chinoise la réalisation de la première étape du plan d’assainissement de la ville Nouakchott.

En vertu de cet accord, l’entreprise chinoise devait se charger de la réalisation de travaux d’assainissement à Nouakchott. En principe, CGGC devait donner son premier coup de pioche avant la fin de l’année 2010, pour une durée des travaux estimée à trois ans et demi. Ce marché comprenait le plan d’assainissement de quatre moughataas; Tevragh Zeina, El-Mina, Sebkha et le Ksar.

Le projet de 42 mois comportait la conception, la fourniture de matériel, la construction ou l’installation et la mise en service des installations, telles que les réseaux de canalisations des eaux usées, un réseau de canalisations d’eau de pluie, une station de pompage des eaux usées, une station de pompage d’eau de pluie (étang / infiltration), une usine de traitement des eaux usées, et des locaux administratifs devant abriter la Direction de l’Assainissement.

A l’époque des observateurs s’étaient étonnés que ce fût le ministre des Affaires économiques Sidi Ould Tah qui effectuât le déplacement de Pékin pour signer en catimini la convention avec les chinois. Toujours est il qu’au retour de cette mission, Sidi Ould Tah avait affirmé qu’il avait obtenu le financement des travaux par l’Eximbank of China pour la somme de 199 millions de dollars pour les quatre moughataa concernées.

A l’époque ce montant avait été jugé exorbitant par plusieurs observateurs qui mettent en avant une étude réalisée par un bureau d’étude marocain à la demande de la Banque Mondiale et qui avait chiffré les travaux d’assainissement des neufs Moughataa de Nouakchott à la somme de 28 666 000 000 ouguiya soit un peu moins de 100 millions de dollars.

Ce prix comprend un réseau des eaux usées, des stations de pompage et de relevage, des dispositifs d’assainissement individuel pour les quartiers les plus pauvres (7500 unités), l’étude et réalisation de la digue de protection de la ville contre l’immersion des eaux de la mer, une station d’épuration par boues activées à faible charge (Pole A), l’aménagement des lits de séchage pour la vidange des fosses septiques au niveau des sites d’épuration…

Cette disparité importante entre les deux évaluations avait grandement interpellé ces observateurs qui y voyaient une preuve supplémentaire de gabegie dont ce département semble être le centre. Il faut rappeler que la ville de Nouakchott n’est actuellement dotée que d’un réseau d’assainissement en majorité de type pseudo-séparatif qui couvre une partie de Tevragh Zeina.

La longueur linéaire totale de ce réseau est de 69 km dont 31 km non fonctionnels. Les eaux usées collectées débouchent dans la station d’épuration existante, de type chenal d’oxydation, réalisée depuis 1960 et qui est implantée actuellement en plein centre ville. Ce réseau ne couvre que partiellement la Moughataa de Tevragh Zeina avec un taux de raccordement global de 4% seulement.

Un deuxième réseau réalisé dans les années 80 (non fonctionnel) d’un linéaire de 31km avec trois stations de refoulement, n’a pas été réceptionné; néanmoins des branchements clandestins y ont été réalisés. Ces ouvrages se trouvent actuellement dans un état dégradé et il est pratiquement impossible de localiser les regards.

Compte tenu de l’âge des conduites, de l’agressivité du milieu de pose (attaque extérieure) et de la prolifération du gaz (H2S) à l’intérieur des conduites (attaque intérieure) ces ouvrages sont désormais irrécupérables.

La capacité de la station d’épuration existante couvre les zones assainies par un réseau collectif, mais l’état vétuste de ses équipements ne lui permet pas d’assurer un traitement des effluents dans les normes requises, alors que les eaux épurées étaient réutilisées en aval pour l’arrosage des zones maraîchères.

Certains carrefours de la ville sont néanmoins raccordés par des avaloirs au réseau des eaux usées pour drainer les eaux de ruissellement mais, freiné par la capacité hydraulique limitée du réseau et des stations de pompage, le ruissellement des eaux pluviales demeure critique puisqu’il bloque la circulation, pendant les heures de pluie, au niveau du centre ville et dans certains quartiers résidentiels.

Le Gouvernement mauritanien avait initié une première étude en 1999/2000 portant sur l’établissement d’un plan Directeur d’Assainissement de la ville de Nouakchott sur financement du FADES.

Avec l’entrée en service de l’alimentation en eau à partir d’Aftout essahli et des inondations répétitives et suite à une recommandation des bailleurs de fonds à l’occasion d’une réunion tenue en Juin 2006 à Nouakchott, le Gouvernement a procédé à la réactualisation de l’étude du plan Directeur de l’Assainissement en 2007/2008 et c’est le résultat de cette actualisation qui nous permet aujourd’hui de penser que le marché signé par Sidi Ould Tah est très largement surestimé.

Il est indéniable que la mise en service d’Aftout Essahili a doublé la quantité des eaux usées et de ce fait requiert une solution d’urgence pour l’évacuation et le traitement de ces eaux.

Pour le moment cette solution ne semble pas à l’ordre du jour, ce dossier étant renvoyé aux calendes grecques, à moins qu’Ould Abdel Aziz ne le réserve pour être son cheval bataille à la prochaine échéance électorale.

BC

 

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