Mohamed Ould Maouloud, malade du Sida et homme de l’année 2013 en Mauritanie :« La vie est toujours plus forte… »

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anonymMohamed Ould Maouloud, mauritanien, âgé de 46 ans, marié et père d’un enfant, vit avec le VIH SIDA depuis un dizaine d’années. Il a décidé de faire de sa vie une lutte contre cette maladie.

Pour lui en effet, « la vie est toujours plus forte », plus forte que les tabous, les lourdeurs sociales, la peur, la stigmatisation…En 2009, Fatimata Ball, femme vivant avec le VIH Sida a été choisi parmi les … hommes de l’année en Mauritanie pour son courage. Pour 2013, la Rédaction du Quotidien de Nouakchott désigne Mohamed Ould Maouloud, homme de l’année.

Nous avons rencontré Ould Maouloud au siège du Secrétariat exécutif national mauritanien de lutte contre le SIDA (SENLS) à Nouakchott. Dans l’interview qui suit, il parle de sa maladie et de la lutte pour la vie qu’il mène depuis 10 ans.

QDN : Présentez-vous à nos lecteurs

Je m’appelle Mohamed Ould Maouloud, je vis avec le VIH Sida depuis 2003. J’ai commencé mon traitement au Sénégal en Mars de la même année. Le centre de traitement ambulatoire de Nouakchott (CTA) a été ouvert en décembre 2004. Des CTA ont été ensuite mis en place a Kaédi, Kiffa et Nouadhibou.

QDN : Mais jusqu’à présent, les personnes dépistées porteurs à Rosso, par exemple, font le voyage de Nouakchott pour avoir accès au traitement…

En 2003, il n’y avait pas de prise en charge en Mauritanie. Cette prise en charge y a commencé en 2004. Il est prévu par le SENLS l’ouverture d’un CTA à Rosso bientôt. Au cours de l’année 2014, trois autres CTA seront ouverts à Sélibabi, Zoueirat et Nema.

QDN : Actuellement comment se fait le traitement. Est-il cher, gratuit… ?

Tous les traitements liés a la maladie (infections opportunistes, ARV, analyses…) sont gratuits pour les mauritaniens et même pour les migrants vivant avec le VIH SIDA.

QDN : Nous sommes dans une société Mauritanienne où malgré les campagnes de sensibilisation, le Sida demeure tabou. Parfois, les personnes atteintes vivent une certaine stigmatisation. Comment vous faites face à cette situation ? Comment vous la surmontez ?

Au début de mon traitement, j’ai été malheureusement rejeté par ma famille, j’ai été discriminé. J’ai commencé a comprendre le VIH en 2003 quand j’ai vu, au Sénégal, des gens vivant avec cette maladie qui étaient pris en charge, qui n’avaient pas de problème, des personnes qui étaient soutenues, accompagnées par leurs familles…

J’avais deux choix : lutter contre la maladie ou me cacher. J’ai pris la décision de consacrer le reste de ma vie a la lutte contre le Sida. Cette lutte a commencé au sein de ma famille qui a finit par comprendre qu’il est possible de manger, dormir, vivre avec une personne atteinte de Sida.

Au niveau de mon lieu de Travail, au SENLS, ou je représente depuis 2005, les malade du Sida, je travaille avec toute l’équipe ; on fait des missions ensemble sans aucun problème. Je suis aussi toujours en contact avec les personnes vivant avec la maladie. Je les forme sur les modes de prévention et sur l’attitude à avoir.

QDN : Dans l’esprit de beaucoup de gens, une personne vivant avec le VIH SIDA, parle doucement, marche doucement, a la fièvre…j’avoue que quand je vous ai vu, j’ai été un peu surpris. Vous êtes bien habillé, correcte, sans aucun signe apparent de maladie…

J’ai commencé mon traitement avec un taux de CD4 de 130, j’étais un peu faible. Avec le traitement, mon taux de CD4 est remonté jusqu’à plus de 300. Je suis bien dans ma peau, je travaille au SENLS comme tous les autres ; Je monte a 09 heures pour descendre a 16 heures ; je fais des missions avec mes collègues. Quand je viens dans les ateliers, les gens qui ne me connaissent pas sont surpris et se posent des questions. Quand je commence a témoigner ils se disent que je ne suis pas porteur de Sida.

Mais un malade du SIDA sous traitement est une personne comme une autre. Quand elle a la fièvre, elle se traite…Seulement, si elle n’est pas traitée, les infections opportunistes vont rapidement l’abattre. Le Sida n’est pas écrit sur le front. Quand un sidéen mange trop, il grossit. Quand il ne mange pas bien, il maigrit

QDN : Actuellement, vous travaillez au SENLS. Pouvez-vous nous racontez votre parcours.

J’ai commencé mes études à Zoueirat. J’y ai fait le primaire et le secondaire. Je suis allé ensuite aux centre de formation professionnelle a Nouadhibou. En 84 j’ai commencé à travailler a la Snim dans cette ville. En 1990, j’ai été muté à Zoueiratt. En 1997, j’ai quitté la SNIM pour faire le commerce des voitures entre le Maroc et le Mauritanie. En 2000, j’ai fait le taximen.

En 2003, pendant le mois de ramadan, après la rupture, j’avais des vomissements et fièvre. J’ai eu ensuite d’autres infections. J’ai été voir un dermatologue qui m’a conseillé de faire des analyses VIH. En ce moment, je ne savais pas que le VIH c’était le SIDA. J’ai fait le test. Le résultat était positif. Le médecin m a dit que le traitement n’existe qu’en France et en Afrique du sud.

Je suis allé chez moi. J’ai montré les résultats. L’une de mes sœurs a dit que c’est le Sida. Jai été bouleversé. J’ai eu peur car je voyais à la télévision que le Sida c’était la fin avec des gens malades, maigres dans des hôpitaux…Ma sœur a contacté le Dr El Hadj de ONUSIDA. Ce médecin m a mis en contact avec Fatimetou Mint Maham de l’ONG Stop Sida. J’ai trouvé Mint Maham dans un hôtel a Nouakchott ou elle participait à la préparation d’un projet de la Banque Mondiale sur la lutte contre le Sida en Mauritanie.

Elle m’a donné espoir en me faisant comprendre qu’un traitement existe au Sénégal ; que le projet sur lequel elle travaillait comportait un volet prise en charge.

A l’époque nous étions quatre malades pris en charge par la Banque mondial, l’ONG stop Sida et l’association Espoir et vie. Nous sommes allées a Dakar pour le traitement. Les médecins sénégalais ont expliqué que c’est un traitement à vie. Je leur ai dit que nous sommes pris en charge par l’État mauritanien à travers la Banque Mondiale et que notre pays ne va pas interrompre notre traitement.

Quelques mois plus tard, nous étions une cinquantaine de malades en Mauritanie. Le déplacement vers le Sénégal devenait difficile. C’est pourquoi un contrat a été signé avec le médecin chef de l’Hôpital Fann de Dakar, Dr Ndeye Fatou Ngom. Chaque mois, elle venait en Mauritanie pour rencontrer les malades et prescrire les médicaments. Ensuite, quelqu’un se déplaçait au Sénégal pour acheter ces médicaments.

J’étais membre de Stop Sida et Espoir et Vie qui accompagnaient les malades. J’organisais l’arrivé de Ndeye Fatou, je prévenais de son arrivée les malades pour le rendez-vous. Au cours d’une conférence à Nairobi, il a été demandé au SENLS de recruter des malades vivant avec le VIH SIDA.

J’ai été recruté en 2005 avec Fatimata Ball pour représenter les personnes vivant avec le VIH SIDA. Nous somme payés par le fonds mondial de lutte contre cette maladie.Nous faisons l’éducation thérapeutique des malades, nous assistons aux groupes de parole…En Mauritanie, il y a plusieurs ethnies, chacun a un rôle dans ces groupes de travail pour la traduction et autres…Nous avons aussi le cas de perdus de vue. 297 perdus de vue.

QDN : Ça veut dire quoi les perdus de vue ?

Une personne perdue de vue, c’est un malade qui reste six mois sans venir au CTA ; nous, on la contacte par téléphone pour savoir pourquoi elle ne vient plus. Nous avons retrouvé 103 des 297 perdues de vue ; nous continuons à rechercher les autres. Nous faisons aussi des visites à domicile pour informer les familles sur le comportement à avoir vis-à-vis d’un malade du Sida.

QDN : Vous êtes en Famille, vous êtes marié ? Vous avez des enfants ?

C’est une question importante. J’avais pris la décision de ne pas me marier car je ne savais pas qu’il était possible pour une personne atteinte de Sida de faire un enfant séronégatif. Quand j’ai eu l’information selon laquelle je pouvais faire un enfant non contaminé, je me suis marié en 2008. Le 10 décembre 2010, j’ai eu un enfant. En janvier 2013, je l’ai fait dépister ; Al Hamdoulilahi (Dieu Merci), mon bébé est négatif, il n’a pas le Sida. C’est une réussite pour la lutte contre cette maladie. Peut être qu’un jour, il y aura un vaccin.

QDN : Votre femme, j’imagine qu’elle doit être très courageuse. Il fallait qu’elle surmonte la peur…

Avant le mariage, je lui ait dit que j’ai décidé de consacrer ma vie a la lutte contre le Sida et, si elle est prête a épouser un homme qui parle de sa maladie sur les plateaux de télévisions et dans les conférences. Elle m’a dit : tu peux faire ce que tu veux : Nous nous sommes mariés.

Quels conseils donnez-vous aux personnes qui vivent avec le VIH Sida en Mauritanie et ailleurs et aux jeunes non contaminés ?

Je demande aux personnes vivant avec le VIH SIDA de s’afficher. C’est mieux pour la lutte, ça donne plus de crédibilité. Ainsi on peut sensibiliser nos familles, sensibiliser les autres… Pour les jeunes, je recommande le dépistage car quand un malade est pris en charge tôt, il se porte bien durant le reste de sa vie. Le Sida n’est pas une fatalité, ce n’est pas la fin du monde, la mort.

Le porteur du VIH SIDA est une personne comme les autres quand il est bien traité. Je demande a tous de faire le dépistage surtout les femmes enceintes pour ne pas contaminer les enfants, car ces enfant sont notre avenir, l’avenir de notre pays.

Propos recueillis par Khalilou Diagana

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