Mémorandum de la Communauté Mauritanienne de Belgique (CMB asbl) : A l’occasion de la visite du Chef de l’Etat à Bruxelles

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CommunautéMrbelgiqEn prélude au séjour du Président de la République à Bruxelles dans le cadre de la Conférence sur le Mali, l’Ambassadeur de Mauritanie en Belgique, Madame Mariem Mint Aouffa, a pris l’initiative d’organiser une audience avec certaines associations de ressortissants mauritaniens.

A ce titre, la Communauté Mauritanienne de Belgique (CMB asbl), avait préparé un mémorandum répertoriant un certain nombre de doléances de nos compatriotes expatriés. L’audience ne s’est pas tenue pour des raisons d’agenda, nous a-t-on dit.

Au passage, la CMB asbl tient à remercie la Mission diplomatique d’avoir planifié cette rencontre. Nous livrons ci-dessous par voie de presse le contenu de ce mémorandum sous forme de lettre ouverte.

Monsieur le Président, la valorisation de la place des expatriés est une opportunité aussi bien sur le plan de la concorde nationale que dans le processus développement socio-économique du pays. Or, nous constatons qu’une telle reconnaissance fait aujourd’hui défaut aux émigrés mauritaniens de façon générale.

En dépit de notre attachement à notre chère patrie, nous demeurons encore les parents pauvres – pour ne pas dire les grands oubliés – de l’Etat mauritanien. En effet, il n’est secret pour personne, à ce jour aucune politique n’a été mise en œuvre pour promouvoir l’insertion de ces acteurs de développement que sont les expatriés. Pourtant, les ressortissants mauritaniens réputés intègres et travailleurs, génèrent des ressources inestimables dans l’économie nationale, assurant ainsi une meilleure stabilité sociale dans le pays.

Les rapports de la Banque Mondiale et du PNUD sur les transferts de fonds des migrants, les investissements et leur incidence sur le développement en apportent la preuve :

« Le capital financier des migrants a été au cœur de toutes les attentions en particulier au cours des dix dernières années, notamment en raison du volume des versements reçus par les pays en développement (315 milliards de dollars en 2010 et du potentiel de l’épargne des diasporas (400 milliards de dollars en 2011 pour les marchés financiers). Les transferts d’argents constituent une source supplémentaire de revenus pour les ménages, ce qui leur permet de répondre à leurs besoins de base. Ces transferts favorisent la consommation, ils peuvent donc exercer des actions multiples sur les économies locales ».

Monsieur le Président, malgré nos demandes réitérées pour plus d’efforts de la part des pouvoirs publics, nous restons désespérément confrontés à d’innombrables difficultés et de divers ordres. Bien loin des préoccupations de l’arrière-pays, nos revendications se résument tout simplement à une meilleure prise en compte de notre situation, allant des facilités d’accès à l’état civil, à la nécessité d’un cadre valorisant le statut d’expatrié (représentation institutionnelle), à la problématique de la mobilité, aux investissements et à l’allègement des lourdeurs administratives, etc.

L’enrôlement des Mauritaniens à l’étranger

L’accès à l’état-civil constitue pour nous une préoccupation majeure d’autant qu’il suscite une inquiétude généralisée en raison des nouvelles reformes instituées. Certes, la Communauté Mauritanienne de Belgique se félicite des efforts entrepris par l’Etat en vue se doter d’un cadre d’état civil fiable et sécurisé. Nous exprimons cependant des réserves quant au déroulement des opérations d’enrôlement à l’Etranger. L’ouverture d’un seul et unique guichet à Paris pour l’ensemble des ressortissants mauritaniens en Europe n’est pas – loin s’en faut – de nature à encourager les citoyens.

Nous formulons le souhait de voir l’établissement des bureaux d’enrôlement de proximité notamment à Bruxelles et dans les autres capitales européennes. Mais aussi et surtout l’allègement des procédures administratives d’enregistrement particulièrement celle portant sur l’obligation de présenter des cartes de séjour ou résidence quand bien même les requérants possèdent leurs authentiques pièces d’état-civil.

Comment comprendre qu’il soit exigé aux citoyens de prouver leur nationalité d’origine par un titre de séjour d’un pays tiers. Nous estimons qu’il s’impose aux autorités de supprimer ce dispositif. L’obtention, la prolongation et le renouvellement des passeports et des documents de l’état civil, devraient pouvoir s’effectuer auprès des Missions diplomatiques ou dans une moindre mesure faire l’objet d’un traitement efficient et rapide de la part de l’autorité de tutelle.

La reconnaissance de la double nationalité

Les ressortissants mauritaniens titulaires de nationalités étrangères sans jamais avoir fait le choix de renoncer à la nationalité mauritanienne doivent être en mesure de bénéficier des facilités pour la double nationalité. Notre patrie reste ancrée dans nos cœurs. Par conséquent, nous comprenons difficilement de devoir renoncer à notre appartenance d’origine ou formuler une requête adressée au Président de la République pour garder sa propre nationalité.

Une mesure sélective et restrictive qui dissuade plus d’un. Or, nous estimons que les facilités d’accès à la double nationalité procèdent d’un sens élevé de citoyenneté et demeurent sans commune mesure une incitation aux expatriés d’accompagner le développement du pays. Nombreux d’entre nous sont porteurs d’initiatives qui nécessitent l’accompagnement des pouvoirs publics et par conséquent la reconnaissance de ce droit à la double nationalité constituera un pas décisif.

La mobilité, l’habitat et l’investissement

Sur le transport aérien, la Mauritanie demeure la destination la plus mal desservie et onéreuse de la sous-région. A noter que dans l’ensemble des pays du Benelux, où se concentre une importante colonie mauritanienne, aucune compagnie aérienne ne dessert directement la Mauritanie. Notre association avait entrepris des démarches auprès Brussels Airlines pour une desserte régulière Bruxelles/Nouakchott mais une telle initiative ne saurait aboutir sans être épaulée par les autorités compétentes.

Il en est de même pour les tarifs des appels téléphoniques entrants, des plus élevés de la sous-région soit du Maghreb ou de l’Afrique de l’Ouest. Avec le boom du numérique, la Mauritanie ne doit pas être à la traîne en matière de télécommunication. Au sujet du fret, les tarifs comme les barrières douanières freinent considérablement toute initiative d’investissement dans ce secteur. Des mesures incitatives et soutenues doivent être entreprises par l’Etat afin d’accompagner les expatriés pour qui la priorité est dans la valorisation des investissements au terroir.

Les transferts d’argent vers la Mauritanie relèvent encore des procédés rudimentaires à défaut de transiter via les institutions financières internationales dont les taux sont exorbitants. Nous avons toujours sollicité et sollicitons encore l’ouverture de succursales nationales afin de canaliser les transferts de fonds à des taux attractifs. Nous espérons à ce titre, une réduction des charges fiscales et la simplification administrative au profit des entrepreneurs expatriés. Nous suggérons la création d’un guichet unique auquel nous puissions nous adresser au lieu d’être livrés à une pléthore d’administrations inefficaces.

Sur le plan de l’habitat, nous n’avons aucune suite de la mission de la Banque de l’Habitat qui a séjourné à Bruxelles pour encourager les Mauritaniens de l’étranger d’acquérir des biens immobiliers en Mauritanie. Ni les pouvoirs publics, ni le secteur privé n’ont entrepris de plans d’investissement dans le secteur au profit des expatriés qui pourtant disposent de pouvoirs d’achat plus étendus.

La représentativité des expatriés au sein des institutions de l’État

La suppression du Secrétariat d’État des Mauritaniens de l’étranger, portefeuille hélas vidé de son contenu, signifie pour nous le désintérêt de l’Etat vis-à-vis des expatriés. La création d’un département moins symbolique mais plutôt efficace, demeure plus qu’opportun.

Au sein des deux Chambres (Assemblée Nationale et Sénat), les élus représentant les Mauritaniens de l’étranger n’en représentent guère plus que le titre qu’ils portent. Méconnus et inversement inconnus des circonscriptions qu’ils sont censés représenter, ces élus sont du reste très peu concernés par nos préoccupations. Nous estimons qu’une révision des critères d’élection nos représentants s’impose avant les prochaines législatures.

Partenariat et coopération

Des associations de la diaspora mauritanienne s’investissent avec ou sans l’aide des partenaires au développement à la réalisation d’infrastructures de base (construction d’écoles, centres de soins, eau potable). Nous regrettons l’absence d’accompagnement de l’Etat mauritanien en vue d’impulser cet élan. A titre d’exemple, dans le département de M’Bagne notamment à Dabbé, où des expatriés ont ouvert un dispensaire mais faute de personnel de santé, les locaux et les équipements restent inutilisés.

Monsieur le Président, pour terminer permettez-nous de reformuler le souhait de la tenue des états généraux sur l’émigration et le développement. Un appel plusieurs fois réitéré par la Communauté Mauritanienne de Belgique, CMB asbl. En espérant que les présentes recommandations seront suivies d’effets, nous vous prions Excellence d’accepter nos sincères considérations.

Le Président de la CMB asbl

Dioum Moussa
Fait à Bruxelles, le 15 mai 2013
Plus d’info : www.cmbasbl.be

NB : Plusieurs doléances ci-dessus exposées sont reprises du mémorandum remis au Premier Ministre, M. Moulaye Ould Mohamed Laghdaf à l’occasion de la Table Ronde à Bruxelles de juin 2010. Malheureusement aucune suite n’a été réservée à ce document.

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