Me George Henri Beauthier, l’un des avocats d’IRA dans l’affaire de la plainte pour tortures contre certains responsables mauritaniens: “Nous avons fondé notre plainte sur des témoignages des différentes personnes qui ont été torturées, sur …

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avocat-ira-beauthier-maitreles constations de leurs avocats et sur des rapports de l’ONU et d’ONG”. Maîtres George Henri Beauthier et William Bourdon sont deux célèbres avocats des barreaux français et belge.

Ils viennent d’être commis par IRA pour déposer en son nom en France une plainte contre une dizaine de responsables mauritaniens accusés d’avoir torturé des membres du mouvement lors de leur détention. Le Calame a rencontré Me Beauthier qui a bien voulu répondre à nos questions.

Le Calame : Vous faites partie d’un collectif d’avocats, commis par IRA Mauritanie qui vient de déposer une plainte, en France, pour tortures contre certains responsables mauritaniens. Cette plainte a-t-elle été jugée recevable par la justice française ?

Maître Beauthier : A l’heure actuelle, on ne saurait répondre à cette question. Ce que je peux vous dire, par contre, c’est que nous avons déposé une plainte argumentée, se basant sur des témoignages, des rapports officiels du Comité contre la torture du 18 juin 2013, du Comité pour la protection des droits de tous les travailleurs migrants du 31 mai 2016 et du rapporteur spécial de l’ONU sur les formes contemporaines de l’esclavage du 24 août 2010…

Les chefs d’accusation portent sur la torture et les traitements inhumains et dégradants. En pareille circonstance, les avocats constatent qu’il s’agit d’une volonté d’humilier et de réduire une composante ethnique du pays, essentiellement des noirs africains. Nous attendons maintenant que soit désigné un Juge d’Instruction pour instruire ce dossier.

-Sur quoi vous êtes-vous basés, pour fonder votre plainte, alors que les principaux concernés, victimes de torture, sont encore en prison ?

-Nous avons fondé notre plainte sur des témoignages des différentes personnes qui ont été torturées, sur les constations de leurs avocats ayant pu les voir et sur des rapports de l’ONU et d’ONG… C’est vous dire que la défense internationale qui s’est constituée a tenu à porter à la connaissance des autorités judiciaires un dossier bien étayé.

-Que risquent ces responsables ? Peuvent-ils être arrêtés en Europe ? Dans l’affirmative, quelles peinent peuvent-ils encourir ?

Après avoir déposé notre plainte, il y a lieu d’attendre, comme je vous l’ai dit précédemment, qu’un Juge d’Instruction soit chargé de l’affaire. Se fondant sur notre argumentation et nos pièces versées au dossier, il pourra émettre un mandat d’arrêt international contre les auteurs des crimes de torture. Auquel cas, ces auteurs seront arrêtés en France et en Europe pour répondre de leurs exactions. Vu la gravité de celles-ci, ils risquent évidemment de très nombreuses années de prison.

Dans la liste des personnes citées dans la plainte figurent, non seulement, des policiers qui auraient torturé les détenus mais, également, des responsables civils. Que reprochez-vous à ces derniers ?

– Les faits ont été dénoncés. Il appartiendra au pouvoir judiciaire en France et dans d’autres pays d’Europe, de vérifier si ces faits sont bien établis. Nous nous sommes entourés de précautions pour établir une liste de personnes responsables de ces tortures et traitements inhumains. Nous n’avons évidemment pas retenu les seconds couteaux mais les personnes, qu’elles soient civiles ou militaires, tels des haut-gradés.

– Vous êtes l’un des fondateurs de la Fondation pour l’égalité des chances en Afrique. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

-Mes collègues et moi avons fondé cette fondation pour dénoncer de nombreux maux qui gangrènent ce continent : mauvaise gouvernance et biens mal acquis, entre autres. A ce sujet, les informations circulent quotidiennement, hélas ! C’est ce qui justifie notre engagement, nous ne pouvions pas nous taire, au risque se faire complice de ce mal qui ronge l’Afrique et plonge ses populations dans la misère et le Moyen-âge.

– On vous a entendu, il y a quelques mois à la télévision, lors de la naissance de cette fondation, traiter le président mauritanien de « petit dictateur ». Depuis quand vous intéressez-vous à la Mauritanie ?

-J’ai plus de 40 ans de barreau derrière moi. Je connais pas mal de pays du continent africain. La Mauritanie fait de plus en plus parler d’elle dans nombre de dossiers liés à la torture et à l’esclavage. Les rapports de l’ONU ou d’ONG, les témoignages sont à disposition de tous.

Il s’y ajoute que le président de notre fondation est mauritanien. Nous connaissons donc la situation en Mauritanie en matière de droits de l’Homme. Alors oui, j’ai dit que le président mauritanien était un « petit dictateur » au sens où il manquait d’envergure et conduisait son pays à la débâcle. Ça ne veut pas dire évidemment qu’un « petit dictateur » ne peut pas commettre lui-même ou être complice des crimes les plus graves, tels ceux que nous dénonçons.

Propos recueillis par AOC

Le Calame

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