Maroc: La Monarchie et le spectre du printemps arabe

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Monarchie

Dans les cinq pays du Maghreb arabe, le Maroc est sans doute celui qui, par son système de gouvernement (monarchie) le plus naturellement disposé à subir les vents de la réforme qu’on appelle communément « printemps arabe ». Certes, ce « printemps » est déjà passé en Tunisie et, avec l’intensité d’un ouragan, a balayé la Libye, mais se trompent lourdement ceux qui pensent que le Maroc a résisté – résiste encore – à ces transformations politiques et sociales profondes.

Ce que le roi Mohamed VI a réussi jusqu’à présent c’est calmer la situation, par la prise de mesures de surface donnant l’impression qu’une partie du pouvoir est passée entre les mains du peuple. Plus sournoisement, un travail de sape est mené pour éliminer, d’une manière ou d’une autre, les opposants au pouvoir monarchique du roi même et à la continuité du Système. Ainsi, la jeunesse qui se présente comme partout ailleurs comme l’acteur principal du changement attendu, à moyen terme, a soif de débats et de démocratie. Certes, ce n’est pas l’impression dominante dans les campagnes ou les villes reculées, dans le Rif ou dans l’Atlas; mais à Rabat et à Casablanca, les jeunes de tous âges sont extrêmement attentifs, posant et se posant mille questions sur l’avenir de leur pays et du monde. Parce que malgré ce qu’on tente de faire croire, à force de propagande dans les médias proches du pouvoir, il y a un paradoxe marocain du Printemps arabe. Le paradoxe, c’est qu’avant les révoltes de 2011, le Maroc passait pour le pays démocratiquement le plus avancé du Maghreb, peut-être même de tout le monde arabe. Mais après les révoltes en Tunisie et en Égypte, le Maroc paraît à la traîne.
Certes, le roi a lâché du lest et a réformé la Constitution l’été de 2011 mais, enfin, il a gardé ses prérogatives essentielles. Certes, il y a bien un mouvement local des « Indignés », le mouvement dit du « 20 février », mais il s’essouffle et il n’y a souvent grand monde –  quelques centaines de personnes tout au plus-, pour célébrer le premier anniversaire du mouvement. Et pour cause. Tout en montrant à la face du monde des réformes politiques qui auraient réussi à annihiler les effets néfastes du « printemps arabe », la monarchie continue user du classique pouvoir de dissuasion : la répression sauvage. A Beni Bouayache (région d´Alhoceima) à Nador, les activistes du 20 février sont souvent kidnappés par les gendarmes sans que personnes ne sache jusqu’à présent le lieu où ils sont séquestrés. Le comble du ridicule,  c’est que le gouvernement Benkirane vient d´adopter un projet de loi criminalisant les séquestrations ! Après des mois de calme précaire, la ville de Béni Bouyache renoue avec le cycle des protestations et des interventions, souvent brutales, des forces de l’ordre. Un cycle qui n’est pas sans rappeler celui de mars dernier. Le Maroc change sur papier mais le pouvoir Makhzen est toujours intact.
C’est pour dénoncer un tel état de fait que le Mouvement des jeunes du 20 février a souvent appelé à des manifestations dans les villes du Maroc, en dépit des résultats du référendum sur une révision de la Constitution marqués par un “oui” massif, selon les chiffres officiels. Le Mouvement du 20 février qui comprend des jeunes de tendances politiques différentes (des jeunes “cyber-militants”, pour la plupart indépendants, des gauchistes et des islamistes du Mouvement Justice et bienfaisance) refusent ce travestissement de la  démocratie quitte à voir leur action inscrite dans la durée. L’objectif est de pouvoir conduire à l’établissement d’une monarchie parlementaire, en s’inspirant notamment du modèle espagnol, une plus grande justice sociale, et la fin de la corruption dans un pays où un grand nombre de jeunes est au chômage. Une option qui est considérée par bon nombre d’observateurs comme un moindre mal pour la monarchie. Car, contrairement aux mouvements tunisien et égyptien, les protestataires n’appellent pas à la révolution ni à la chute de la monarchie. Mais jusqu’à quand ?

Samir F

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