Marchés de gré à gré du CSA : Favoritisme et gabegie malgré la réforme et les discours – [Fac-similés]

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La reforme du code général de passation des marchés publics matérialisée par la loi N°044 du 22 juillet 2010 qui a consisté à rénover le mécanisme de la passation des marchés publics et a créer pour ce faire de nouvelles institutions dédiées au contrôle et à la régulation. fac simileCette réforme selon ses promoteurs vise, entre autre à garantir, la liberté d’accès à la commande publique, l’égalité de traitement des candidats et la transparence des procédures. C’est évidement le contraire de tous ces principes qui a été observé par la Commissariat à la Sécurité Alimentaire, CSA, dans le marché par entente directe pour l’acquisition d’aliments pour bétail plus communément appelé RAKEL.

Dans l’opacité la plus totale, le CSA a appelé des fournisseurs « amis » ou recommandés pour passer commande d’une quantité de 80 000 tonnes d’aliments pour bétails.

Rien que sur le principe, il est inadmissible de permettre à un fonctionnaire, le CSA en l’occurrence, de négocier directement avec des commerçants et de fixer des prix par entente directe, c’est la porte ouverte à la corruption et aux malversations. Si en plus le CSA se permet de jouer sur la qualité, il y a là des centaines de millions à gagner pour peu qu’on ne s’embarrasse pas de scrupules.

Ainsi le 12 mars 2012, le CSA passe commande sans consultation ni appel d’offre avec la société GMCI(Ehel Weddady) pour la fourniture de 20000 tonnes d’aliments de bétail livrable à Nouakchott au prix de 3.078.000.000 ouguiyas soit 153.900 ouguiyas la tonne et pour les spécifications techniques on leur demande seulement 14% de protéine, 3% de matière grasse et 2300C d’énergie brut.

Le même jour Ets MAJID une société appartenant à un parent du premier ministre reçoit elle aussi sa part qui consiste en la commande de 8000 tonnes de rakel livrable à Aioun et Nema au prix de 1.231.200.000 UM soit 153.900 UM à la tonne et auquel on ne demande que 14% de protéine et 3% de matière grasse.

Vint ensuite la Société Temwin chez laquelle on passe commande pour 12.000 tonnes livrables à Nouakchott au prix de 1.846.800.000 UM et cette fois ci on ne lui demande que 12% de protéine et 3% de matière grasse.

Puis vint le tour de Matrix société derrière laquelle se trouve Mohamed Limam Ould Benné proche du président Aziz et président de la Commission des jeunes de l’UPR, elle obtient commande pour 20.000 tonnes de rakel livrables à Nouakchott au prix de 3.237.600.000 UM soit 161.880 UM ce qui fait prés de 8000 Um de plus que les autres, mieux encore on ne lui demande que 14% de protéine et 20% de cellulose !!! Et cerise sur le gâteau, il a prés de trois mois de délai de livraison.

Enfin la société SMID (Ehel Gadde) signe le 21 Mai pour la fourniture de 20.000 tonnes à 3.078.000.000 livrables à Nouakchott soit 153.900 et un délai de livraison de dix jours. Cette fois ci le CSA demande 14% de protéine, 3% de matière grasse, UF 0,8%, cellulose 11% et matière minérale 0,8%. Ainsi rien qu’en jouant sur les spécifications techniques du produit, le CSA est en mesure de faire gagner ou de faire perdre à son fournisseur des dizaines de millions qui seront bien entendu partagés par les protagonistes.

On sait que l’année dernière certains médias ont fait Etat de la mort de certains animaux suite à la consommation d’aliments de bétails distribué dans le cadre du programme Emel 2012. Personne ne sait cela est en rapport avec ce rakel commandé dans des circonstances si troublantes. Autre fait remarquer, le contrat de Matrix et celui de Temwin portent la même adresse et les mêmes numéros de téléphone, s’agit d’une simple erreur matérielle ou c’est la même personne qui se trouve derrière les deux commandes.

Douze milliards d’ouguiyas sur le budget de l’Etat dépensés sans aucune possibilité de contrôle

Bien sûr on peut arguer de l’urgence pour faire appel à la procédure du gré à gré mais pourquoi ne pas passer commande pour 20 000 en urgence et procéder à l’appel à concurrence pour le reste ? Pourquoi ne pas donner les mêmes spécifications techniques et les mêmes conditions de livraison et de paiement à tous les fournisseurs ?

Pourquoi n’y a-t-il pas un bureau d’étude indépendant ou un laboratoire agrée qui vérifie la qualité des produits livrés au CSA ? Le spectre du choix est si large que le CSA a toute la latitude de faire toutes sortes de magouille avec les fournisseurs. Voici prés de douze milliards de nos ouguiyas sur le budget de l’Etat dépensés sans aucune possibilité de contrôle.

Depuis qu’il est à la tête du CSA le Commissaire Mohamed Ould Mohamedou a développé à l’instar de son patron, un discours fustigeant le détournement et la gabegie. Or on constate tous les jours que le département qu’il dirige continue à privilégier les pratiques les moins avouables et des milliards continuent à y être dilapidés sans doute avec l’aval de Mohamed Ould Abdel Aziz et Moulaye Ould Mohamed Laghdaf.

On se souvient qu’à Nouadhibou devant des milliers de ses sympathisants, le président Mohamed Ould Abdel Aziz avait affirmé « Nous avons mis fin définitivement aux marchés gré à gré. Depuis mon arrivée au pouvoir, aucun marché gré à gré n’a été donné. Cette mesure agace beaucoup de monde » avait-il conclu. Mais quelques jours plus tard, un rapport de la Commission Centrale des Marché (CCM) démontrait que l’année 2011 avait bien enregistré 7 marchés gré à gré, financés sur le budget de l’Etat à hauteur de 3.6 milliards UM.

Le rapport signé par Mohamed Mahmoud Ould Jaafar, président de la commission, mais aussi membre du directoire politique du parti au pouvoir, présente une liste détaillée des marchés publics passés en 2011. Ould Jaafar y apporte un cinglant démenti aux affirmations présidentielles. Démenti certes poli, mais démenti quand même sous forme de recadrage des propos de Aziz.

Des thuriféraires du régime étaient montés au créneau eux aussi pour affirmer que cette procédure jadis courantes appartient désormais à un passé révolu ! Pourtant, souvent en catimini, le gré à gré continué à sévir dans nombres de transactions ou l’Etat est partie prenante.

BC

QN

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