Mali: qui est ‘IBK’, le candidat donné gagnant de la présidentielle?

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ibrahim-boubacar-keitaLe suspens reste entier. Jeudi, les autorités maliennes ont annoncé le report des résultats du premier tour à vendredi. Pourtant, l’un des candidats occupe la place de favori: l’ex-Premier ministre Ibrahim Boubacar Keïta, dit “IBK”.

L’homme a “une large avance sur les autres candidats”, selon les premiers résultats officiels communiqués mardi, au tiers du dépouillement, par le ministre de l’Administration territoriale.

Au point qu’il pourrait ne pas y avoir de deuxième tour, prévu le 11 août, si l’écart se confirme. Portrait.

Un homme d’expérience

A 68 ans, IBK, surnommé aussi par ses partisans le Kankeletigui, “l’homme qui n’a qu’une parole”, attend toujours l’annonce définitive des résultats prévue vendredi. Il l’a promis, le socialiste mène cette fois son “dernier combat”. Interrogé par BFMTV.com, Philippe Hugon, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), en charge de l’Afrique, le qualifie d’abord comme “un homme politique qui a joué un rôle très important au Mali.

Ancien ambassadeur, ministre et Premier ministre, Ibrahim Boubakar Keïta a été candidat aux deux dernières élections présidentielles. “On peut parler d’un vieux briscard de la politique malienne”, explique le spécialiste. “Les électeurs se sont demandés: quel est l’homme le plus à même de gérer le Mali, avec suffisamment de charisme et l’expérience nécessaire à régler les problèmes majeurs du pays?”.

Un proche de la France

Membre de l’Internationale Socialiste, le candidat connaît bien les responsables socialistes français: Laurent Fabius, François Hollande, Manuel Valls. Il a d’ailleurs fait ses études supérieures en France, où il a passé 26 ans, et enseigné à l’Université Paris-I Tolbiac, comme le rappelle un portrait publié dans Le Monde.

“Mais on ne peut pas dire que c’est le candidat de la France“, met en garde Philippe Hugon. En 1986, Ibrahim Boubacar Keïta retourne au Mali. Le pays est dirigé par le dictateur Moussa Traoré, qui sera renversé cinq ans plus tard.

Un candidat soutenu par l’armée et les religieux

Proche de l’armée et des religieux dans un pays qui n’est toujours pas stable, “IKB” s’est posé en garant de l’unité du pays. “Il a bénéficié de la neutralité bienveillante de l’armée qui en a fait un homme politique de recours”, décrypte Philippe Hugon, qui explique: “Il a été très discret lors du putsch militaire du 22 mars 2012 et a sûrement des liens avec une partie de l’armée”.

“Il compte aussi des amis en Afrique, comme le président du Niger, relève l’expert, “et parmi les religieux wahhabite de Sabati, la force religieuse dominante actuellement qui joue un rôle croissant”. Armée et religion, un double appui qui sert largement le candidat socialiste, “un homme à poigne, qui se réfère toujours à De Gaulle, qui ne transformera pas forcément ses soutiens en dette”, décrypte Philippe Hugon.

Et si certains pointent le risque d’autoritarisme, le spécialiste ne dément pas, “le danger existe, mais dans la situation du pays, mieux vaut un homme à poigne qu’un homme qui soit dans le compromis”.

Le gagnant sera face des défis majeurs

Certes, “la communauté internationale aurait sans doute préféré que Soumaïla Cissé, son principal concurrent, prenne l’avantage, car ce technocrate de grande qualité apparait comme plus rigoureux”, mais IBK, dont la légèreté du programme a été critiquée, a mis en place une énorme machine de communication. “Il aura, à mon avis, la reconnaissance internationale s’il est élu”, relativise le chercheur.

Le défi du vainqueur se situera d’ailleurs au delà des clivages politiques et des programmes politiques. Il s’agit de reconstruire une nation.“Tout est à reconstruire au Mali: l’économie au nord, l’intégrité du territoire, le trafic de drogue, le chômage des jeunes, la sécurité. Il faut refaire un découpage territorial qui donne des droits aux populations du Nord sans céder aux revendications des Touaregs, très minoritaires, qui réclament une autonomie”

Dans ses discours de campagne, Ibrahim Boubacar Keïta l’avait bien saisi, lui qui promettait le 13 juillet: “Je ramènerai la paix et la sécurité. Je renouerai le dialogue entre tous les fils de notre nation. Je rassemblerai notre peuple”.

Quel qu’il soit, le futur président du Mali aura pour mission de redresser un pays traumatisé par 18 mois d’une crise politique et militaire marquée par une rébellion indépendantiste touareg, l’occupation de la moitié nord du pays par diverses bandes armées et une guerre contre des groupes jihadistes lancée par la France et menée avec l’appui de troupes étrangères.

Aurélie Delmas

 

BFM TV (France)

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