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MALI. "Il y a eu une recomposition des groupes djihadistes"

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6566792-mali-il-y-a-eu-une-recomposition-des-groupes-djihadistes 123Toujours en proie à l’instabilité, les groupes djihadistes démontrent qu’ils n’ont pas déserté le pays. Qui sont-ils ? Interview de Mathieu Guidère, spécialiste des mouvements terroristes.

Officiellement, c’est un hasard du calendrier. Depuis dimanche, 1.500 soldats français, maliens et onusiens (la Minusma), participent à l’opération militaire d’envergure “Hydre” dans le nord du Mali.

Elle intervient alors que les attaques djihadistes se sont multipliées ces trois dernières semaines, la dernière, mercredi 23 octobre, ayant abouti à la mort de deux soldats tchadiens à Tessalit au nord de Kidal, près de la frontière algérienne.

Coïncidence ou non, le chef de l’Etat, François Hollande, en a profité pour indiqué que le terrorisme “est installé” au Mali, au sud de la Libye, sans doute encore au nord du Niger et au sud de l’Algérie. “Il n’a pas été vaincu par notre seule intervention au Mali” même s’il “a été abîmé, attaqué”, a affirmé le chef de l’Etat. Toujours en proie à l’instabilité, les groupes djihadistes démontrent qu’ils n’ont pas déserté le pays. Qui sont-ils ? Interview de Mathieu Guidère, spécialiste des mouvements terroristes.

Depuis un mois, on assiste à une multiplication des attaques de groupes djihadistes. Contre qui se battent les troupes françaises et africaines ?

– Depuis l’intervention militaire de janvier, il y a eu une recomposition des groupes djihadistes qui a conduit à un affaiblissement très important d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Parmi les combattants de la mouvance terroriste, globalement, il ne reste plus qu’un groupe aujourd’hui dirigé par Abou al-Hammam, qui a succédé à l’ancien chef Abou Zeïd, tué dans une opération militaire.

La concentration des combats français contre Aqmi a bénéficié aux autres groupes qui n’ont pas été visés directement et qui ont fui. Il s’agit du groupe de Mokhtar Belmokhtar, les “enturbannés”, le Mujao (Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest) et le mouvement touareg islamiste, Ansar Dine.

Ces trois groupes n’ont pas été frappés de plein fouet parce qu’ils se sont réfugiés dans des régions différentes ou parce qu’ils ont quitté le Mali dès le début de l’intervention Serval.

Le Mujao et les “enturbannés” se sont unifiés et ont donné naissance à un groupe djihadiste important, beaucoup plus important qu’Aqmi : al-Mourabitoun (les Almoravides), du nom d’une dynastie berbère qui a régné au XIème et XIIème siècle sur l’intégralité du Maghreb qu’elle avait unifié. C’est contre ce nouveau groupe que se battent principalement les armées françaises et africaines.

Dans quelle mesure ce groupe est “beaucoup plus important qu’Aqmi” ?

– En termes de nombre de combattants, d’expertise militaire et d’équipements. Il regroupe l’ensemble des éléments qui n’étaient pas dans Aqmi ou qui avaient fait sécession, en somme l’ensemble de la palette de l’insurrection militaire : des éléments kamikazes, suicidaires qui viennent du Mujao, des éléments spécialisés dans les opérations commando et les accrochages venant de la brigade de Belmokthar et des éléments insurrectionnels et de rébellion venus des rebelles touareg d’Ansar Dine.

Ont-ils tous le même objectif ?

– Globalement oui. Ils s’attendaient à ce que les forces étrangères quittent le pays, une fois le nouveau président malien élu. L’élection a eu lieu en juillet, et désormais, pour eux, les forces qui sont intervenues contre les djihadistes sont perçues comme des forces d’occupation du Mali. Leur volonté de résistance s’est accrue et ils se battent sur cette thématique.

La semaine dernière, Bert Koenders, le ministre et représentant spécial de l’Onu au Mali, tirait la sonnette d’alarme et signalait que les soldats onusiens n’étaient pas en nombre suffisant et qu’il fallait accélérer la mise en place de la Minusma qui ne dispose que de la moitié des 12.600 soldats prévus. L’opération Hydre est-elle venue démontrer que la France et ses alliés restaient opérationnels ?

– Les moyens qui ont été mis en place sont considérables, c’est une opération de ratissage très importante avec plus de 1.000 hommes, des forces spéciales, des commandos… La France reproduit la stratégie qu’elle a menée dans le massif des Ifoghas quand elle est partie à la recherche d’armement pour les détruire. De ce point de vue là, c’est très utile.

En revanche, ce n’est pas possible d’éradiquer complètement le problème, puisque les deux sources de motivations des combattants ne se sont pas taries : le problème touareg et la question de leur autonomie n’est pas réglé et la présence de troupes étrangères au nord du Mali va constituer sur le long terme une source de recrutement. Il faut rappeler que la présence de l’armée malienne était déjà perçue comme une force d’occupation, alors imaginez le ressentiment que cela peut produire lorsqu’il s’agit d’une présence étrangère…

Propos recueillis par Sarah Diffalah

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