Mahamadou Issoufou : “Les Occidentaux ne nous ont pas demandé notre avis avant de renverser Kadhafi”

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Quatre ans après son arrivée au pouvoir, Mahamadou Issoufou est en première ligne sur le front de la lutte contre les groupes jihadistes au Sahel. Le chef de l’État sait bien qu’il doit chaque jour veiller à la sécurité du Niger, tout en maintenant un équilibre délicat entre le respect de la souveraineté de son pays et l’indispensable appui militaire français.

Mais sa grande inquiétude, c’est la situation en Libye. Et sur le sujet, il n’y va pas par quatre chemins. Il faut, dit-il, une nouvelle intervention militaire : “Les Occidentaux ne nous ont pas demandé notre avis avant de renverser Kadhafi en 2011. Mais mon opinion est claire : nous ne pouvons pas laisser la situation se dégrader indéfiniment. À trop hésiter, c’est tout le Sahel qui, dans quelques mois, risque de se transformer en chaudron.”

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Zaki (“le lion”, en haoussa) n’a donc rien d’un fauve endormi, lui dont personne ne doute qu’il sera candidat à un – deuxième et dernier – mandat de cinq ans, en 2016. Et il n’a éludé aucune des questions de Jeune Afrique, ni sur la fuite à l’étranger d’Hama Amadou, l’ancien président de l’Assemblée nationale réfugié en France et recherché dans le cadre de l’affaire dite des “bébés volés” (“Ce monsieur a des problèmes avec la justice de son pays, pas avec moi”), ni sur l’accord signé avec Areva, ni même sur l’achat d’un avion présidentiel à 30 millions d’euros (“Pourquoi, chaque fois qu’un chef d’État africain achète un avion, faut-il qu’il y ait polémique ?”, s’agace-t-il).

Mahamadou Issoufou sait qu’il a encore fort à faire et appelle ses concitoyens, en des termes finalement bien peu politiquement corrects, à une véritable “révolution culturelle” : “Il faut mettre les gens au travail, les rendre ponctuels et responsables, leur faire prendre conscience que la richesse vient de ce qu’ils sont susceptibles de produire par eux-mêmes et non de l’assistanat.”

Mahamadou Issoufou a jugé ce vendredi «indispensable» une intervention internationale en Libye, en proie aux violences et qui risque de basculer dans le chaos. Le président nigérien s’exprimait auprès de journalistes, après un entretien avec le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian, en tournée dans la région.

La Libye est plongée dans le chaos depuis la chute du colonel Mouammar Kadhafi en 2011. Livré aux milices, le pays est dirigé par deux Parlements et deux gouvernements – l’un proche des milices islamistes et l’autre reconnu par la communauté internationale – qui se disputent le pouvoir.

Le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian, qui a effectué à l’occasion du Nouvel An une nouvelle tournée sur le front anti-jihadiste en Afrique, a lui appelé mercredi soir la communauté internationale à se « mobiliser » pour empêcher le développement d’un « sanctuaire » jihadiste en Libye qui déstabiliserait toute la région et menacerait l’Europe.

Une menace envers le continent européen également pointée du doigt par le président Issoufou ce 2 janvier : « Une issue politique n’est pas possible sans intervention internationale en Libye parce que je ne vois pas comment les milices terroristes, qui sont armées, vont créer les conditions de la réconciliation entre Libyens, je ne vois pas comment elles peuvent créer les conditions d’organisation d’élections libres et transparentes en Libye. Nous, nous considérons qu’une intervention internationale est indispensable comme préalable à la réconciliation de tous les Libyens, y compris les kadhafistes. Pour une fois, il faut qu’on nous écoute, pour une fois il faut qu’on nous entende.

Quand il y a eu l’intervention en Libye, personne ne nous as consultés, mais c’est nous qui payons les frais de la situation aujourd’hui. Tout le monde aujourd’hui doit nous entendre et ce qu’il faut retenir c’est que tous nos pays ne sont que des objectifs intermédiaires pour ces terroristes. L’objectif final c’est l’Occident, donc l’ennemi principal de ces terroristes c’est l’Occident. Nous, nous sommes des adversaires secondaires ».

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