Liban: Théâtre des rivalités des services secrets saoudiens et syriens ?

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La réponse à cette question est à chercher dans l’attentat à la voiture piégée qui a tué, le 19 octobre dernier, le chef du renseignement des Forces de sécurité intérieure (FSI) libanaises, Wissam al-Hassan. Pour bon nombre de spécialistes des questions du Moyen-Orient, cette disparition subite a privé le General Intelligence Directorat saoudien et son chef, le prince Bandar Bin Sultan, de leur atout au Liban.

Pointé du doigt dans cet attentat, la Syrie de Bachar al-Assad qui subi les effets d’une guerre civile depuis près de deux ans, a porté un rude coup aux réseaux saoudiens de soutien à l’Armée syrienne libre (ASL). Mieux, elle a marqué un point décisif contre les alliés arabes de la rébellion syrienne et réussi, peut être, à différé la chute du régime de Bachar qui sait pertinemment qu’il ne peut plus revenir en arrière. Une sorte de quitte ou double qui rappelle, point par point, la voie suivie, il y a un peu plus d’un an, par le colonel Mouammar Kadhafi.  Suite à la mort du patron des FSI, Wissam al-Hassan, « auxiliaires de Riyad et Washington », selon plusieurs analystes, Le Federal Bureau Of Investigation (FBI) a envoyé des experts le 25 octobre à Beyrouth pour effectuer des analyses scientifiques sur la scène de l’attentat. C’est une vérité connue de tous que la police fédérale américaine avait largement aidé à la mise en place, en 2005, du service de renseignement des FSI, que dirigeait Wissam al-Hassan, formant notamment ses cadres aux techniques modernes d’écoute et d’investigation électronique. On sait aussi que c’est grâce aux fonds saoudiens que le général Wissam al-Hassan a pu mettre sur pied, en moins de sept ans, une puissante officine des renseignements qui recrute ses hommes majoritairement dans la communauté sunnite. L’une des premières missions dévolues aux FSI était de rassembler toutes les informations susceptibles d’aider le Tribunal spécial sur le Liban (TSL) à lever les coins d’ombre qui entourent encore l’assassinat en 2005 de Rafic Hariri, dont Wissam al-Hassan avait été le bras droit pendant dix ans. On sait aussi que les quatre auteurs présumés de l’attentat, tous membres du Hezbollah, seront jugés par contumace à partir du 20 mars sur la base de recherches dans les archives télécoms libanaises menées par le service de Wissam al-Hassan. En représailles, deux cadres des FSI, Samir Shehade et Wissam Eid, ont successivement été visés par des attentats en septembre 2006 et janvier 2008. Le premier est handicapé à vie et le second est mort.
En éliminant Wissam al-Hassan, la Syrie met fin à son rôle occulte dans le soutien à la rébellion  mais aussi à son implication dans les luttes interconfessionnelles au Liban. Damas soupçonne l’ancien patron du FSI de jouer un rôle de premier plan dans les livraisons d’armes à l’ASL financées par le GID, en les faisant transiter par le Nord-Liban. Une implication du chef du renseignement libanais dans le conflit syrien qui se traduisait également par la présence en Turquie de son  propre représentante, le député libanais pro-Hariri Okab Sakr. Ce qui lui permettait d’établir un pont avec les officiers supérieurs de l’ASL qui vivent en Turquie mais aussi de coordonner l’appui du FSI à la rébellion syrienne avec le chef du MIT turc, Hakan Fidan. On dit aussi avec une quasi-certitude que Wissam al-Hassan était également en liaison étroite avec la CIA, même si celle-ci est beaucoup plus mesurée dans son soutien à l’ASL depuis l’assassinat de son ambassadeur en Libye le 12 septembre. Trois semaines avant sa mort, Wissam al-Hassan avait longuement rencontré à Washington le directeur de la CIA David Petraeus et l’avait briefé sur la situation en Syrie
Tout cela pour dire que Damas vient de marquer un précieux point dans la guerre de l’ombre qu’elle livre à l’axe libano-saoudien. Les services des renseignements de ces deux pays doivent maintenant mettre les bouchées doubles pour reconstruire un réseau qu’ils ont peiné à mettre en place avec leurs amis Américains. Déjà, la tâche consistant à trouver un remplaçant à Wissam al-Hassan à la tête des FSI est facilitée par l’homme lui-même qui, avant sa mort, avait déjà désigné son successeur : Le colonel Imad Osman, ex-chef de la section des investigations pénales de la police judiciaire, qui a autorité, entre autres, sur les enquêtes informatiques. Avant même d’être confirmé dans ce poste sensible, surtout en cette période de tensions extrêmes, tant intérieures qu’extérieures, il devra d’abord enquêter sur la mort de son prédécesseur. Même si le gouvernement de Najib Mikati, dominé par le Hezbollah et ses alliés, n’a à ce jour commandité aucune investigation officielle.
Rani Souhrl pour Point Chauds

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