Le trafic d’armes en Afrique

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Depuis des décennies les guerres alimentées par un afflux massif d’armements ravagent le continent africain. Le trafic illégal d’armes y est pour beaucoup. Puisque des groupes armés incontrôlés et parfois génocidaires parviennent à s’y approvisionner facilement.

Éclairages sur un problème qui déstabilise toute la région.illegal-arm-traffic

L’intervention militaire contre les groupes djihadistes dans le nord du Mali a remis sur la table le sujet délicat du contrôle du trafic d’armes, notamment en Afrique où les armes à feu font chaque année des dizaines, voire des

Centaines de milliers de victimes. Bien que ce phénomène ne soit pas nouveau sur le continent, la quantité et la qualité des armes détenues par les djihadistes armés du Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) et leur parrain, Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI), permet de prendre conscience de l’ampleur que prend ce fléau.

Toute une variété d’armes en circulation

Selon les spécialistes de la question, il y a toute une variété d’armes de guerre qui circulent de façon illégale en Afrique. Et souvent ces armes tombent dans les mains de groupes armés incontrôlés,ou dans des régions qui sont sous embargo international sur les armes.

D’ailleurs l’une des premières surprises dans les combats pour la libération du Nord-Mali a été la variété de l’arsenal de guerre dont disposaient les groupes islamistes. En effet, plusieurs armes modernes ont été retrouvées dans les mains des groupes armés dans cette régions, notamment des pistolets mitrailleurs «Uzi», de fabrication israélienne, des mitrailleuses lourdes, des canons antiaériens, des lance-roquettes antichars, les fameux «RPG7» et même des missiles MILAN de fabrication française, ou des missiles russes SA-7 Grail ou Strela-2, capables d’abattre un avion de ligne en phase de décollage ou d’atterrissage (provenant du stock d’armes libyen après la chute de Kadhafi). Bref un véritable arsenal de guerre éparpillé dans un espace vaste de plus de 5 millions de km2, incontrôlé.

Mais le Sahel n’est pas la seule région d’Afrique concernée par ce problème. En effet, dans d’autres conflits notamment dans la région des Grands Lacs, au Soudan, au Tchad, ou encore  dans la région de la Somalie, de grandes quantités d’armes de guerre circulent dans les mains des milices ou d’autres groupes armés incontrôlés.

Selon Aymeric Elluin, chargé de la campagne Armes et Impunité à Amnesty International France, des armes telles que les lances roquettes, les pièces d’artillerie légère, les mortiers, des mines terrestres, les mitrailleuses (AK-47, fusils d’assaut R4 sud-africains), les obus de mortier, les obus d’artillerie de 107 mm équipent des groupes armés au Soudan où de graves violations des droits humains ont été commises. On retrouve également des mitrailleuses de types PKM ou de type MAG, des lance-roquettes RPG-7, des mortiers, des canons sans recul, des lance-roquettes multiples, des mines antichar, des mortiers, des camions équipés de

mitrailleuses, de batterie automatique, ainsi que des armes de petit calibre dans les mains des rebelles en RD Congo.

Sur les traces du trafic

Alors d’où viennent toutes ces armes qui inondent  le continent africain ? Le trafic d’armes est l’une des quatre activités illégales les plus lucratives avec le trafic de drogues, le trafic de médicament et la prostitution. Le marché international des armes est évalué à 1 400 milliards de dollars par an, dont une bonne partie fini dans le circuit de vente illégale. En Europe par exemple, le port d’Anvers en Belgique est l’une des plaques tournantes européennes du trafic d’armes. Par contre en Afrique, il existe plusieurs portes d’entrées pour les armes illégales, qui arrivent par différents moyens de transport. Le trafic d’armes est favorisé par la multiplication des conflits qui constituent un énorme marché pour les vendeurs d’armements. C’est ce qu’a relevé le Groupe de Recherche et d’Information sur la Paix et la sécurité (GRIP) qui vient de publier, en janvier dernier, un rapport sur les trafics d’armes en Afrique de l’Ouest, principalement en Côte d’ivoire et au Mali. Certes, les principaux acteurs des conflits ne sont pas logés à la même enseigne selon qu’il s’agisse d’un Etat souverain ou de groupes armés.

Dans un cas comme dans l’autre, le recours aux  circuits illicites est devenu le moyen facile pour renforcer son arsenal surtout, pour le cas des Etats sous embargo international.

L’autre élément intéressant du rapport du GRIP c’est qu’il a mis en évidence le fait que le trafic d’armes est un cercle vicieux qui passe d’un pays à un autre, d’une région à une autre. Ainsi, dès qu’un conflit prend fin dans telle zone, les armements sont presque automatiquement transférés vers un nouveau théâtre de confrontations armée comme c’est le cas avec la Somalie, la RD Congo, le Liberia ou la Sierra Leone, la Cote d’Ivoire ou encore récemment la Lybie.

Là où le bât blesse, c’est que l’Afrique est juste un terrain florissant en matière de commerce  illégal, mais pas un fabricant d’armes de premier plan. En effet, bien que quelques pays africains produisent des armes (Afrique du Sud, Zimbabwe, Nigéria, Namibie, Ouganda, Kenya, Tanzanie, Egypte), seul l’Afrique du Sud peut être considérée comme un producteur de stature international puisque ce pays fournit 68 Etats à travers le monde.

Quelques chiffres parlants

Les statistiques sur les quantités que brassent ce trafic sont généralement approximatives en raison de la difficulté à recenser les armes sur le terrain.

Mais selon les estimations de Small Arms Survey, («Enquête sur les armes légères»), un projet de recherche indépendant intégré à l’Institut de Hautes Etudes Internationales et du développement basé à Genève, ce sont quelques 875 millions d’armes légères et de petit calibre (ALPC) qui sont éparpillées dans le monde, dont plus de 100 millions rien qu’en Afrique. A noter également que 90% des victimes de guerre (dont les femmes et les enfants) sont tuées par des armes légères.

En moyenne, 15 armes supplémentaires sont fabriquées chaque minute pour la vente à travers le monde. Au total ce sont plus de 875 millions d’armes légères qui circulent dans le monde, soit une arme pour 10 personnes. Côté producteurs, ce sont quelques 1000 sociétés réparties dans 98 pays qui fabriquent les armes. Par pays, Sur la période 2006-2011, ce sont respectivement les États-Unis (44 % de parts de marché), la Russie (14 %), le Royaume-Uni (11 %), la France (8,5 %) et Israël (5,5 %) qui dominent le marché des exportations des armes. On peut aussi noter la Chine qui connait également une évolution très importante ces dernières années et la Belgique qui est un fournisseur de premier plan en ce qui concerne les armes légères. Selon l’organisation «Control Arms» une alliance mondiale de la société civile qui milite pour un traité sur le commerce des armes, plus de 16 milliards de munitions sont produites chaque année, soit plus de 2 balles pour chaque personne sur la planète.

Autres chiffres, 60% des armes légères sont entre les mains de civils, plus de 80% des armes légères illégales proviendraient au départ d’un commerce reconnu par les Etats, plus d’un million d’armes à feu sont perdus ou volés chaque année dans le monde.

Un autre chiffre pour compléter le tableau. Depuis 1998, les conflits au Congo (RDC) ont fait quelques 5,4 millions de morts selon les estimations de l’ONG International Rescue Committee (IRC), chiffre bien crédible repris d’ailleurs par le conseil de sécurité de l’ONU. A ce jour, c’est le conflit le plus meurtrier depuis la seconde guerre mondiale.

Il est difficile d’apaiser les conflits dans le monde si on n’arrive pas à contrôler les flux d’armes qui circulent. Donc pour la survie de l’Afrique et du monde, le contrôle de la production et de la vente des armes constitue une urgence …

Les négociations de la dernière chance

Le commerce international des armes est peu soumis à des règles internationales, ce qui rend les armes facilement accessibles entrainant de sérieux dommages à plusieurs régions du monde. Mais du 18 au 28 mars prochain vont reprendre à New York, les négociations internationales en vue de l’adoption définitive du Traité sur le commerce international des armes (TCA).

La conférence va se tenir sous l’égide de l’ONU à la suite de la résolution adoptée le 24 décembre dernier. Après l’échec des pourparlers de Juillet 2012, cette fois les organisations internationales engagées dans le processus semblent plus confiantes. Plusieurs facteurs plaident, en effet, en faveur d’une convergence des positions, notamment la nouvelle politique intérieure américaine sur les armes à feu, après la réélection de Barack Obama et les tragédies consécutives aux différentes fusillades qui ont endeuillé l’Amérique ces dernières années. Les négociations de Mars prochain sont considérées par plusieurs experts comme celles de la dernière chance puisque jamais, la communauté internationale n’a été aussi favorable à un accord dans ce sens. Le processus visant à l’adoption d’un traité international sur le commerce des armes (TCA) a été lancé en 2006 par une résolution de L’Assemblée générale de l’ONU et était censé se conclure par une conférence diplomatique fin juillet 2012. L’objectif visé à travers le TCA est de parvenir à imposer des normes juridiquement contraignantes afin de rendre obligatoires des contrôles systématiques sur les ventes internationales d’armements. «Un traité efficace sur le commerce des armes doit avoir des règles d’or.

Par exemple le transfert d’armements ne devrait pas être autorisé si ces armes risquent d’être utilisées pour des violations massives des droits de l’homme.», soutient Rayan Wood, un expert de l’ONG Amnesty International. Il s’agit d’un véritable Défi pour la communauté internationale car aujourd’hui encore le trafic des armes demeure hors de contrôle malgré les multiples initiatives pour contenir le fléau et mettre fin à l’hécatombe qu’il engendre chaque année.

Ibrahim Souleymane

 

Les Afriques

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