Le commandant de la force française au Mali : « La situation est très tendue, assez explosive sur Kidal »

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mali 014Le général Marc Foucaud est le commandant de la force française au Mali. « Nous resterons une force de réaction rapide au Mali, en appui de la Minusma », insiste-t-il.

L’opération militaire en cours, sur la boucle du Niger, vise-t-elle à répondre aux récents attentats-suicides ?

Général Marc Foucaud : L’opération en cours est complexe car elle est menée pour la première fois avec l’ensemble des forces alliées, française, malienne et africaines. Elle est planifiée depuis longtemps. Depuis la fin de « Serval 1» et nos actions dans l’Adrar des Ifoghas [nord-est du Mali], nous ne cessons de mener des opérations pour affaiblir les réseaux djihadistes et leur logistique.

Nous leur donnons des coups. Nous avons récupéré beaucoup de munitions. Nous assistons à une série [d’attaques], qui correspond vraisemblablement à une campagne orchestrée. Nous savons que le seul moyen pour ces terroristes d’exister, ce sont les actions asymétriques, bien relayées par des médias.

Comment évaluez-vous la situation sécuritaire ?

Les groupes terroristes ne sont plus capables de mener des actions coordonnées d’envergure. Al-Qaida au Maghreb islamique essaie de trouver actuellement des armes sur le marché local malien, mais aussi dans le sud de la Libye, qui constitue une zone grise, par la route du nord du Niger.

Il faut que l’armée malienne puisse maintenant frapper cette ligne logistique. Mais il ne faut pas surestimer la capacité des groupes armés à revenir à la situation antérieure à l’intervention militaire française. Les chefs djihadistes sont en cavale, ils changent de lieu toutes les quarante-huit heures et se terrent.

Et à Kidal ?

La situation au nord du Mali relève d’une problématique particulière qui n’est pas nouvelle mais fondamentale, celle des relations entre le gouvernement et les Touareg. S’il n’y a pas d’accord signé entre ces parties, nous allons repartir quelques mois en arrière. La situation est très tendue, assez explosive sur Kidal : les Touareg, les mouvements signataires de l’accord de Ouagadougou [en juin], et l’armée malienne se font face à quelques centaines de mètres.

Sur la route transsaharienne, à la frontière avec l’Algérie, passe tout le commerce qui alimente le nord du Mali. Celui qui tient In Khalil est le maître. Or, le Mouvement national de libération de l’Azawad a repris ce point des mains du Mouvement arabe de l’Azawad, et il y a une lutte entre ces groupes signataires de Ouagadougou.

A Kidal, nous, avec la Minusma (Mission des Nations unies au Mali), jouons les pompiers. Nos soldats prennent des risques. On ne souhaite pas être une force d’interposition, mais on ne veut pas d’escalade car il faut une sortie politique, la seule possible.

Nous faisons donc tout pour faire baisser la pression, notre souci est d’éviter l’engrenage. Il faut régler le problème touareg, qui mobilise l’énergie du gouvernement malien, pour que le pays se concentre sur ses vrais ennemis : les terroristes djihadistes.

Quel rôle va jouer maintenant la force française ?

Une présence militaire et un mouvement permanent d’opérations sont nécessaires, car si on ne l’entretient pas, les groupes terroristes se réorganisent. Pour cela, nous ne pouvons tout faire seuls dans la durée, il faut laisser la place à d’autres. Après la phase cinétique de « Serval 1 », nous sommes dans une phase de stabilisation, où la dimension politique est primordiale. « Serval » compte actuellement 2 900 hommes. Les effectifs devraient baisser à 2 000 fin décembre, après les élections législatives dans le pays. La force va se concentrer.

Mais pour la suite, notre présence dépendra de l’accord de défense en cours de discussion entre la France et le Mali, ainsi que de la nouvelle maquette générale de la présence française en Afrique, qui n’est pas encore arrêtée. Nous n’allons pas partir comme des voleurs. Nous aiderons les Maliens à monter en puissance. Et nous chercherons une cohérence dans la bande sahélienne. L’affaiblissement des groupes terroristes concerne toute la région, il faut qu’elle soit prise en compte avec les Etats voisins.

La Minusma peine à atteindre les effectifs nécessaires et l’armée malienne repart de zéro : pourront-elles prendre le relais ?

Dans chaque bataillon de la Minusma, nous avons un détachement de liaison et d’appui, capable de fournir des capacités médicales, de génie, d’ouverture d’itinéraires, de contrôle aérien. Nous resterons une force de réaction rapide au Mali, en appui de la Minusma. La mission de celle-ci est d’assurer la sécurité de la population, pas d’attaquer les groupes armés terroristes.

Les forces armées maliennes sont à reconstruire. Elles sont capables de faire du bon travail et y mettent beaucoup de cœur. Il reste beaucoup à faire, bien sûr. La Mission européenne de formation de l’armée malienne (EUTM) forme un troisième bataillon. L’enjeu est de former quatre bataillons supplémentaires. Il faut vraiment regarder d’où l’on vient pour mesurer les progrès réalisés.

 

Malinet

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