«La menace terroriste perdure dans le Sahel Sahara»

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abdellah_ould_ahmedoyLe Courrier du Sahara – «La menace terroriste perdure dans le Sahel Sahara. Les pays concernés doivent poursuivre leurs efforts pour soutenir les autorités maliennes», avertit Ahmedou Ould Abdallah, ancien Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies, dans une interview avec Le Courrier du Sahara.

Interview Ahmedou Ould Abdallah a fait l’essentiel de sa carrière à l’ONU et à la Banque Mondiale. Représentant spécial des Nations Unies pour le Burundi (1993-1995), l’Afrique de l’Ouest (2002-2007) et la Somalie (2007-2010), ce diplomate chevronné a également été envoyé au Soudan en 2006, au moment où se négociait l’envoi de casques bleus au Darfour.

Dans son pays, Ahmedou Ould Abdallah a occupé plusieurs postes ministériels dont celui des Affaires étrangères. Il a également officié en tant qu’ambassadeur auprès de l’Union Européenne et aux Etats-Unis.

L’ancien diplomate dirige aujourd’hui le Centre stratégique pour la sécurité au Sahel Sahara basé en Mauritanie (centre4s). Il recevait Le Courrier du Sahara lundi à Nouakchott où la création du G5 venait d’être annoncée par le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad.

Monsieur Abdallah, le G5 n’entre-t-il pas en concurrence avec les nombreuses autres institutions sous régionales?

Le G5 est donc cette nouvelle organisation issue de la conférence de Nouakchott et qui regroupe le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad. Le G5 affiche formellement une orientation économique. Certes, les institutions internationales et les autres partenaires de développement considèrent que la région dispose déjà de nombreuses organisations.

Effectivement, les pays du Sahel Sahara se retrouvent: la CEDEAO (Ndlr : Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest), l’UMA (Ndlr: Union du Maghreb arabe), le CILSS (Ndlr : Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel), le Cen-Sad (Ndlr: Communauté des Etats sahélo-sahariens), etc. Il serait raisonnable, sur le plan économique, politique et financier de rationaliser ces organisations ou pour le moins certaines de leurs activités communes.

Cependant, dans la mesure où le G5 a un but plus précis, à savoir le développement et la sécurité, il a sa place parmi les autres institutions régionales. Ces cinq pays veulent mutualiser les ressources et les efforts pour faciliter leur coopération et rationaliser l’assistance extérieure pour un problème d’urgence.

Quels sont les enjeux derrière ce rapprochement?

Naturellement, il y a toujours un enjeu. Mais, il faut accorder à ces Etats un préjugé favorable ou disons le bénéfice du doute. Ce sont des pays confrontés à des risques réels et à des menaces sérieuses liés à la sécurité, l’urbanisation rapide, le chômage des jeunes, les trafics divers en particulier de drogue, d’immigrations irrégulières, etc.

«Il est tout à fait compréhensible que les pays du G5 se regroupent pour mutualiser leurs efforts»

Il est tout à fait compréhensible qu’ils se regroupent pour mutualiser leurs efforts pour la collecte de renseignements et la mobilisation des ressources. Qu’ils aient d’autres ambitions, c’est très possible mais l’important est de leur donner le temps de réaliser ce qu’ils ont annoncé officiellement. Alors seulement ils pourront être jugés sur leurs réalisations, les retards éventuels ou changements d’objectifs.

Le Niger affirme avoir arrêté récemment des combattants de Boko Haram infiltrés sur son territoire depuis le Nigeria. Faut-il craindre une extension du conflit au Niger, selon vous?

Boko Haram (capture écran ci-dessus) est un groupe aguerri, très violent et déterminé. Il dispose d’une base de recrutement assez large avec de nombreux jeunes sans espoir de trouver un travail décent dans un Nord Nigeria assez peuplé et pauvre. Son ancrage nigérian ne doit pas tromper dans la mesure où ses incursions au Cameroun et au Niger prouvent ses ambitions sous régionales et un certain désir d’exporter la violence.

«Les incursions de Boko Haram au Niger prouve un certain désir d’exporter la violence»

Il n’est pas exclu que la Centrafrique soit une future destination de groupes radicaux allant au secours «de frères musulmans» pourchassés. Comme d’une certaine façon les crises se renforcent mutuellement, les Etats de la région et la communauté internationale se doivent d’encourager encore davantage le retour de la stabilité au Mali afin d’éviter une rechute de ce pays ou l’effondrement d’autres Etats.

Au Mali, pensez-vous que les groupes terroristes constituent toujours une menace?

L’intervention militaire de la France et de l’Union Africaine a été déterminante même si la situation au Mali demeure préoccupante et interpelle les voisins dans la mesure où la menace terroriste perdure dans le Sahel Sahara. Les pays concernés, y compris ceux se trouvant hors de la région, doivent poursuivre leurs efforts pour soutenir les autorités maliennes. Le président Ibrahim Boubacar Keïta dispose de la légitimité et a affirmé, qu’au-delà de l’intégrité et de la souveraineté du Mali, tout peut se négocier. Il mérite le soutien, non seulement des pays voisins, mais aussi de la communauté internationale.

Le Mujao a revendiqué le kidnapping de cinq humanitaires du CICR. Faut-il craindre un retour en force de cette organisation terroriste?

Le CICR est une institution respectée et respectable. Dans ce type de conflits, il y a toujours des coups d’éclats, pour attirer l’attention, énerver les populations ou déstabiliser les armées. Il faut se situer dans la durée afin que la menace ne soit plus permanente.

Quelles sont les clés de la réussite du dialogue pour la réconciliation nationale au Mali, selon vous ?

Le président malien et son gouvernement sont pour la paix et une réconciliation qui vise à aller à l’origine de la crise structurelle. Cette crise, de manière cyclique, ensanglante leur pays depuis des décennies. Cette volonté qui semble sincère et non cosmétique est un excellent indicateur de la volonté d’innover par rapport aux anciens processus de paix.

«Le président malien est pour une réconciliation qui vise à aller à l’origine de la crise structurelle»

Aujourd’hui, les Maliens ont commencé par une bonne approche: préparer les parties soit, en quelque sorte, les former aux techniques de négociation.Ensuite viendra le dialogue proprement dit en partant depuis l’ère de l’indépendance en 1960. Ce retour sans tabous sur l’histoire récente du pays est une bonne indication de la volonté de résoudre ces crises de manière durable. Ainsi, tous les sujets y compris ceux qui fâchent seront abordés.

Le roi du Maroc est au Mali, après avoir reçu le leader du MNLA fin janvier à Marrakech. Pensez-vous que le Royaume cherche à s’affirmer en tant que médiateur dans la crise ?

Je ne sais pas si le Maroc veut être médiateur ou non. Ce que je sais en revanche c’est que ce pays partage des liens historiques avec le Sahel y compris le Mali. C’est une relation ancienne qui fait partie du patrimoine écrit et oral de la région. Le Royaume peut apporter son expérience culturelle, politique et humaine au service de la paix. A cet égard, le roi a pris une très bonne initiative avec la décision de former des imams maliens au Maroc renforçant ainsi le lien religieux. Il en va de même avec la coopération économique renforcée.

 

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