Et si on (re)jugeait Ould Taya ?

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IMAGE FORUMIl y a très exactement trois ans de cela qu’une junte militaire déposât , au nom d’un changement qu’elle promettait d’opérer, l’ex chef d’Etat M. Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya qui poursuit toujours son exil forcé à Doha au Qatar.

Les mauritaniens, toutes composantes confondues, s’étaient rendus à cette évidence, bon gré, mal gré dans l’espoir de voir le changement tant promu se réaliser. Même l’opposition politique d’antan, atteinte d’une myopie politique qu’elle commence à reconnaître à travers ses récentes déclarations critiques, avait fêté l’éviction de Ould Taya avant de signer un cheque blanc au Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie.

Des élections municipales, législatives et présidentielles ont été organisées, aboutissant à un succès total face au défi politique des régimes kaki. En effet, les élections saluées à l’intérieur et à l’extérieur du pays avaient présenté toutes les qualités requises dans les grandes démocraties ; mais cette consécration formelle a finalement trop souffert de l’absence de bonnes actions et la persistance d’inadéquations enregistrées depuis l’investiture des autorités actuelles.

Certes, dans l’ensemble, on se retrouve avec un Président de la République démocratiquement élu dont personne ne conteste la légitimité, mêmes, son premier rival a été le premier à le féliciter.

Face à cette situation, un autre événement est survenu pour renverser la vapeur d’eau, constituant un tournant décisif dans la vie politique des mauritaniens, c’est celui de l’absence de réalisation concrète aux yeux de la mémoire collective qui après des élections réussies, s’attendait à des exploits dans les milieux social et économique. Aucun signe permettant également de percevoir un réel changement n’a été réalisé. Ce sont ceux qui ont applaudi, les premiers , la fin de l’ère de Ould Taya ,qui manifestent ce sentiment de regret.

Certes, comparaison n’est pas raison. Il n’en demeure pas moins qu’à mon avis, malgré ce temps écoulé depuis l’accession au pouvoir des nouvelles autorités, faire le bilan de ce qui a été fait et ce qui ne l’a été pas, le pour et le contre, force est de constater avec amertume que dans cette nouvelle ère de “liberté”, il est très difficile de fermer les yeux sans porter un jugement sur la période de Ould Taya dont l’éviction chaleureusement accueillie à l’époque est aujourd’hui considérée celle des vaches grasses.

Ainsi, est-on en droit de dire que ce changement, comme nous le savons tous, avait fait naître l’espoir de rompre avec 20 ans d’un régime qualifié de tout les maux. Aujourd’hui, une majorité importante de la classe politique, de la société civile et même les artistes se plaignent du traitement injuste et déloyal qu’on continue de leur infliger dans le pays. Ils se demandent, comment le futur peut être meilleur, si le présent est un enfer.

Ceux qui sont aux commandes du pays sont-ils pareils à ces conducteurs au volant de leur engin, se contentant d’aller au gré de leurs rétroviseurs ?

A les voir rester impassables devant toutes les crises qui frappent le pays, on les assimilerait à des camionneurs ayant des difficultés à stationner dans un embouteillage aux marchés. On a l’impression que tout va au ralenti chez nous et que le pouvoir en place ne s’emploie guère à se débarrasser des barons de l’ancien système de Ould Taya comme il avait promis.

Face à ce portrait, on n’ose pas prendre des décisions capitales, comme celles de Ould Taya, cet ex président de la République qui a su exploiter pleinement ces barons de la gabegie. En effet, en dépit de toutes les observations qu’on peut lui attribuer, les décisions de l’homme d’État sont restées fermes, donnant au pays l’impression de bouger dans sa globalité.

Souvenez- vous, à quelques mois de son renversement, les propriétaires de villas ou de maisons étaient gagnés par la fièvre du renouveau en vue de transformer leurs demeures en somptueux appartements destinés à être loués aux centaines de milliers d’investisseurs et de touristes qui envisageaient de faire leur séjour dans Bilad Chinguitt. Avec son départ, le rêve né de l’exploitation pétrolière s’était aussi évaporé pour laisser place à des illusions.

Enfin, reconnaissons, que nous ne sommes pas ici pour faire la plaidoirie d’un régime déchu, dont les indicateurs en matière des droits de l’homme et de la bonne gestion étaient au rouge, mais dans le but de dévoiler le coin de la vérité. Il n’y a pas un seul pays dans le monde arabe où la démocratie n’arrive à voir le jour réellement, exception faite à la Mauritanie ; mais en économie, notre pays reste au stade zéro : absence d’investissements, d’infrastructures cherté de vie, chômage, soif, obscurité,famine, ainsi s’ajoute à ça l’insécurité et privation des petits marchands de travail….Tout le contraire de la période Ould Taya où la manne subtilisée par quelque manière que ce soit, bénéficiait “des fois” aux plus pauvres.

Autant dire que pour les États du Maghreb arabe, ce n’est pas la démocratie qui compte uniquement. Il faut aussi faire des réalisations dans le domaine social et économique. Citons à titre d’exemple le cas de la Tunisie dont les citoyens ne se bousculent pas pour une démocratie qui risque de se faire au détriment de la bonne santé Socio-économique et la sécurité.

Ceci dit, il est alors très important de faire un (re)jugement de Ould Taya dont aujourd’hui beaucoup regrettent le départ, surtout ceux qui avaient applaudi l’arrivée des artisans du 3 août 2005 et d’avril 2007.

Paradoxalement, rien que par le fait qu’une majorité importante regrette ce départ, cela voudrait-il signifier qu’il n y a rien à espérer de l’actuelle direction politique du pays. <> D’une manière ou d’une autre (re)juger Ould Taya est une nécessité qui pourrait permettre de mieux situer les choses dans leurs contextes réels, loin de toute partisannerie idéologique, politique ou autre. Pour terminer, à mon avis; il est fort regrettable de regretter, aujourd’hui , l’ère “Ould Taya”

Moulay Najim

Lundi 14 Avril 2008

 

 

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