Elections législatives et municipales : Cap sur…2014

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electionDe sources dignes de foi, le gouvernement s’apprête à rendre public s une décision de premier ordre : l’organisation en 2014 des élections municipales et législatives, déjà reportées à deux reprises. Une échéance qui coïncide avec la fin du quinquennat du président Mohamed Ould Abdel Aziz.

La décision du gouvernement, de tenir en 2014 les élections groupées (législatives, municipales et présidentielle) serait déjà prise, et il ne manquerait plus que sa diffusion. En dehors même de la crise, qui a occasionné un retard considérable pour l’organisation des élections municipales et législatives fin 2011, le gouvernement mettrait en avant les finances.

L’option des élections groupées diminuerait considérablement le coût financier sur le budget de l’Etat, et au jour d’aujourd’hui, les soutiens extérieurs à ce scrutin, qui se manifestent habituellement tôt, ne se sont pas encore manifestés pour accompagner les Autorités dans la tenue des suffrages.

Cependant, la décision d’ajourner encore ces élections remet en cause l’indépendance de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) déjà engagée à la mise en œuvre d’un processus électoral dont la dernière mesure en date est l’accord signé avec l’Office national des statistiques (ONS), pour le recensement à vocation électorale devant aboutir à l’établissement de la liste électorale.

En 2014, il ne s’agirait plus d’organiser une seule élection, mais trois ! Les suffrages législatifs et municipaux devraient ainsi se tenir en même temps que la présidentielle. Finalement, et même si une telle décision va prolonger le mandat des élus mauritaniens de cinq ans indus, cela arrange tout le monde. Le gouvernement d’abord, qui fait face à une crise politique sans pouvoir trouver la solution « acceptable » pour faire venir la Coordination de l’opposition démocratique (COD) à la table des négociations.

Ce même pouvoir est également en face du dilemme que pose l’organisation, ici et maintenant, d’élections municipales et législatives sans disposer d’un état-civil fiable, ni même des moyens financiers et matériels pour le faire. Pour beaucoup d’observateurs, ce sont là les principales raisons suffisantes qui ont poussé le pouvoir à reculer les élections jusqu’en 2014, quitte à subir les critiques d’une opposition qui y verra, de toutes façons, une autre faillite du régime.

Même si le gouvernement peut arguer que le report à une échéance lointaine permet de mieux préparer ce scrutin pour donner toutes les garanties de transparence et de liberté requises à une opposition qui voit la fraude partout. Et même si il peut prendre pour prétexte que le temps qui nous sépare de l’échéance peut être mis à profit pour amener les acteurs politiques de tous bords à se retrouver.

Force est de constater que le report pour 2014 d’une élection arrivée à terme depuis plusieurs mois ne sera pas du goût de tout le monde. Ni des populations qui, très souvent, ont posé la question de leur organisation pour pouvoir se débarrasser d’une bonne partie d’élus décevants à plus d’un titre. C’est d’ailleurs pourquoi l’on ne serait pas étonné d’apprendre demain que ce sont les parlementaires décidés à jouir d’un deuxième mandat à l’allure de ” bonus “ qui pourraient bien avoir soufflé au gouvernement cette parade pour ne pas devoir descendre dans une arène pleine d’incertitudes.

Qu’en pense la classe politique ?

Mais c’est sans doute du côté de la COD qu’il faut s’attendre à la plus vive des critiques. L’opposition qui est actuellement dans la meilleure de ses formes, si l’on tient compte des mouvements de revendications et du pouls de la rue, ainsi que de ralliements sans précédents (partis) trouvera qu’un tel report est tout simplement une dérobade de la part du pouvoir pour ne pas subir une cuisante défaite.

Le pouvoir qui a tout l’air d’avoir des craintes quant à la fiabilité de son système de noyautage – et de la manière dont fonctionne la Coalition de la Majorité Présidentielle (CPM), veut se donner le temps nécessaire pour rebattre les cartes et parvenir, avant les élections, à remodeler le paysage politique en sa faveur.

Cela est d’autant plus vrai que l’Union pour la République (UPR), parti au pouvoir, et le parti Sursaut de la Jeunesse pour la Nation (qu’on a voulu présenter comme le nouveau chouchou du président Aziz) ne semblent pas disposer de réelles capacités pour assurer au régime le raz-de-marée dont il a besoin pour continuer à régenter le Parlement et les conseils municipaux. Mais il faut reconnaître aussi que, maintenir pour une ” longue durée “ des élus, c’est un signe de la mauvaise santé de notre démocratie.

C’est, surtout, priver d’autres aspirants à profiter d’une situation politique qui peut leur être favorable, quand on sait que plusieurs des parlementaires actuels n’avaient pas été élus sous les couleurs de la majorité actuelle. C’est à la faveur du fameux système de vases communicants que connait bien le monde ” bordelesque “ de la politique en Mauritanie que plusieurs élus des deux bords ont voulu « refaire » leurs parcours en fonction d’intérêts qui n’ont souvent rien à voir avec ceux de leurs électeurs.

Ce report est un problème sérieux qui rappelle également que les 2 tiers du Sénat devait être renouvelé, il y a plusieurs mois, et que le gouvernement bute toujours sur cette question du dialogue entre Majorité et Opposition. Avec toutes les ambigüités que cela entraîne ! L’opposition avait demandé le report, le ministère de l’Intérieur affiche une fin de non recevoir puis, finalement, il y a quand même report ! L’opposition ne manque pas d’indexer l’UPR (qui n’est pas suffisamment préparée pour faire face à des divergences internes) alors que le gouvernement affirme, lui, avoir accepté une requête d’une partie de l’opposition !

Remise en cause du dialogue

Dans ce jeu au chat et à la souris, il y a de fortes chances que les résultats du dialogue déçoivent. Et qu’on soit obligé, contrairement à la volonté du camp du président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, à revenir à un dialogue bis avec la COD ! Autrement, à revenir à la case de départ, sans vraiment être assuré que cette fois soit la bonne. Le pouvoir joue, sans aucun doute, sur le temps, mais l’opposition peut aussi tirer profit de ce qui ressemble, de plus en plus, à des actes politiques posés sans réflexion aucune. Autrement, une navigation à vue perceptible à tous les niveaux et qui, dans le domaine de l’économique et du social, peut être fatale.

Car on n’est même pas assuré, dans ce cas de figure, que le courant continue à bien passer entre le président Aziz et Messaoud, que l’on dit être le principal artisan de ce dialogue à minima avec le pouvoir. Quand, il y a quelques mois, le président de l’Assemblée nationale avait pris sur lui de demander au président Aziz d’ordonner l’arrêt du recensement en cours, la réponse n’a pas tardé à délimiter le champ de « l’acceptable » pour le pouvoir.

Oui, quand il s’agit de prendre une position qui permet de diviser l’opposition en « participationniste » et « boycotteuse », avec le confort que cela donne à un gouvernement qui fait face à mille et un problèmes. Non, quand il s’agit de remettre en cause des décisions importantes qui ont été prises par le Raïs lui-même.

Demander la suspension de l’enrôlement des populations, l’arrêt de la “guerre “ contre la gabegie, qui ne serait en fait que des règlements de comptes, ou le confinement des militaires dans leurs casernes, c’est comme si on demandait à Aziz de remettre en cause tout ce qu’il avait mis en avant, en août 2008, pour destituer le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi !

C’est d’ailleurs pour ces considérations, apparemment sans importance, que tout dialogue avec la COD pourrait ne pas aboutir à autre chose que l’organisation des élections municipales, législatives et présidentielles.

La même praxis vaut aussi pour ce qu’on appelle communément ici l’exercice de la démocratie. Tout est dans les formes, pas dans les contenus, qui restent attachés à ce que des hommes et femmes ont toujours dit – ou fait – depuis que la Mauritanie a pris son destin en main. La tribu, l’argent et le savoir étaient et restent encore le tiercé gagnant de la pratique politique dans le pays. Taya l’avait compris, après avoir voulu créer une sorte de « révolution » à la Atatürk.

Son retour au Système lui a assuré la tranquillité vingt ans durant avant qu’il ne soit victime d’une énième révolution de palais en Mauritanie. Son tombeur, l’actuel président, suit, lui aussi une démarche similaire en voulant « réformer » non pas l’Etat, mais les esprits ! Un effort qui, en quatre ans de pouvoir, commence déjà à s’estomper. Et à faire douter sur la capacité d’un dirigeant, aussi décidé soit-il, à amener les hommes politiques mauritaniens à changer.

Sneiba Mohamed

 

Lauthentique

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