Elections : Après l’espoir, le doute

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ELECTIONSLes réponses « positives » ; de la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD), d’abord ; de la Coalition de la Majorité Présidentielle (CMP), ensuite ; à la proposition de sortie de la tension politique que le pays vit depuis 2009, avaient suscité un vif intérêt des Mauritaniens qui espéraient voir, enfin, la sagesse l’emporter sur les passions. Mais le répit n’aura été que de courte durée.

La guéguerre semble reprendre de plus belle. La COD, qui exige des garanties, dont la formation d’un gouvernement d’ouverture, tel que préconisée, justement, par le président Messaoud Ould Boulkheïr dans son initiative, a choisi d’élever les enchères. Elle ne rate aucune occasion d’accabler le pouvoir en place.

De tous les maux : scandales financiers, marchés de gré à gré, népotisme, trafic de drogue, achat des consciences, enrôlement illégal… Pour la Coordination, le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz n’est plus crédible et doit, par conséquent, démissionner.

Une éventualité que balaie, d’un revers de la main, la majorité présidentielle qui accuse la COD de refuser le dialogue et de chercher, via le gouvernement d’union, à réduire les prérogatives du président de la République.

Pour la CMP, rien ne justifie, aujourd’hui, la formation d’un tel gouvernement, dans la mesure où elle n’est pas prévue dans la Constitution et que les termes de l’accord du dialogue national, entre la majorité et une partie de l’opposition démocratique de septembre et octobre 2011, constituent, toujours selon la CMP, une bonne garantie de transparence des élections.

Dans ces conditions, on se demande quel sens ont les réponses que des deux camps ont données, sous forme de mandat de facilitateur, au président de l’Assemblée nationale. En ont-elles même un ? Il semble surtout qu’aucune partie ne voulait se charger du refus d’une initiative qui a reçu un très large soutien populaire, notamment d’une grande partie de la classe politique, des syndicats, du patronat : en somme, de l’ensemble de la société civile ; mais, aussi, de beaucoup de chancelleries occidentales à Nouakchott.

Peuple dupe ?

L’attitude de la classe politique est, disons-le, incompréhensible. Croit-elle tromper les Mauritaniens ? Mais ceux-ci connaissent fort bien le jeu du pouvoir actuel et de ses opposants qui ambitionnent de les diriger demain. Un jour proche viendra où l’opinion mauritanienne sifflera la récréation et dira : « Basta ! », parce qu’elle ne peut pas se suspendre à un jeu de dupes, alors que la situation économique et sociale se dégrade de jour en jour. La classe politique, toutes tendances confondues, doit comprendre que les élections ne sont pas la priorité N° 1 du peuple, parce qu’elles ne garnissent pas les marmites, ne soignent pas les malades, n’envoient pas les enfants à l’école, ne résorbent pas le chômage, etc.

Tout le monde sait que seul celui qui dirige, aujourd’hui, les destinées de la Nation détient la clef de la situation et celui-ci semble faire fi de ce qui se passe autour de lui. Comme l’a dit et répété Mohamed Ould Maouloud, le président de l’UFP, si la COD réclame des garanties de transparence à travers un gouvernement d’ouverture, c’est que la Mauritanie n’est pas en situation politique normale.

Une donne que devrait prendre en compte le président de la République, parce qu’une démocratie sans élections ou avec des élections sans réelle démocratie, avec au bout des deux cas, la contestation, ne peuvent faire progresser la Mauritanie. Il gagnerait davantage de notoriété, en favorisant les meilleures conditions de transparence des élections et en se plaçant au-dessus de la mêlée, d’autant plus que son siège n’est, en aucune façon, menacée par le scrutin d’octobre. La CMP devrait comprendre, également, que des élections bâclées terniraient et l’image du pays et ce qui reste de la de la démocratie mauritanienne.

« D’Aziz, dégage ! » à « Aziz, démission ! »

Au cours d’une conférence tenue, le lundi 2 juin, à l’hôtel Mauri-Center, la COD a accentué sa pression sur le pouvoir. Dans un communiqué lu avant de passer la parole aux journalistes, la COD réitère ses accusations et exige la démission du président Mohamed Ould Abdel Aziz, pour « avoir trahi la Mauritanie » qu’il serait en train de « transformer en narco-Etat, mettant [ainsi] en péril toute la Nation ». Mohamed Jemil Ould Mansour a indiqué que la COD n’accepte pas le silence du pouvoir, sur les graves méfaits dont sont suspectées les plus hautes autorités du pays.

Et le président de Tawassoul d’égrener la litanie des scandales financiers et des problèmes sociaux que vivent les populations à l’intérieur du pays, notamment, le manque d’eau qui a poussé, ici et là, les citoyens à descendre dans la rue. Le président en exercice de la COD a, naturellement, évoqué la gestion calamiteuse, par le pouvoir, de la grève des journaliers de la SNIM à Zouérate et celle des dockers du PANPA qui prouvent, l’une et l’autre, combien le gouvernement ne respecte aucun des engagements qu’il contracte.

Jemil Ould Mansour, qu’entouraient les représentants de quasiment tous les partis de la Coordination, excepté Ely Ould Mohamed Vall, s’est interrogé sur le véritable état de santé du président dont le séjour en France, à l’image de celui du président algérien, Abdelaziz Bouteflika, reste entouré de mystère. Pour éclairer l’opinion mauritanienne, la COD exige, dit Ould Mansour, la publication de son bulletin de santé.

La multiplication des sorties de la COD entre dans sa nouvelle stratégie visant à acculer le pouvoir, afin de le pousser à lâcher du lest. Faute de déboulonner le régime de la rectification par la rue, la COD l’attaque sur les supposés « crimes » qu’il aurait commis. Une stratégie payante ? Les tout prochains jours nous édifieront. Une chose est sûre : le pouvoir ne se laissera pas abattre si facilement. D’ailleurs, ses responsables n’arrêtent de botter en touche ; mieux, d’imputer, à la COD, la responsabilité des incidents de Zouérate. C’est dire qu’en dépit de l’espoir des Mauritaniens de voir les protagonistes enterrer la hache de guerre, en répondant positivement à l’initiative de sortie de crise du président de l’Assemblée nationale, l’horizon politique reste toujours bouché.

DL

 

CALAME

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