Colère anti-islamiste en Tunisie après l’assassinat d’un opposant

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Coordinateur général du Parti des Patriotes démocrates, l’homme avait souvent défié de front les islamistes du parti Ennahda. “Ce gouvernement veut nous réduire au silence, nous terroriser”, crie dans le hall de la clinique Ennasr Moufida Abbassi, une journaliste amie de l’opposant tunisien Chokri Belaïd, tué mercredi par balles à Tunis, accusant le parti islamiste Ennahda du crime.
“C’est terrible ce qui se passe en Tunisie, on fait taire maintenant les gens en mettant fin à leur vie!”, lance-t-elle avant de s’effondrer dans le hall de l’établissement où se trouvait la dépouille de Belaïd, 48 ans, critique acerbe du gouvernement dirigé par les islamistes d’Ennahda.
Tout près de Moufida, le père de la victime, sous le choc, est secoué par les sanglots et s’en prend avec virulence au chef d’Ennahda Rached Ghannouchi et au ministre de l’Intérieur Ali Larayedh.Ennahda a tué mon fils, m’a privé de lui à vie”, lance-t-il.
Ces accusations se répètent partout sans que personne ne les étaye. Une foule compacte manifeste devant la clinique en chantant l’hymne national et en conspuant les islamistes. “Nous vivrons avec du pain et de l’eau mais sans Ennahda, “le peuple veut une révolution de nouveau”, Ennahda est le tortionnaire du peuple”, crient les protestataires.
Des milliers d’autres manifestants se sont rassemblés devant le ministère de l’Intérieur où le fameux mot d’ordre “dégage” résonnait sur l’avenue Habib Bourguiba à Tunis, comme lors de la révolte de 2011 qui a chassé Zine El Abidine Ben Ali du pouvoir, après 23 ans de règne sans partage.

“La chute pour Rached Ghannouchi le criminel du peuple“, scandent-ils, certains enveloppés dans le drapeau rouge et blanc de la Tunisie, d’autres brandissant le portrait de la victime. “Sa mort ne va passer sous silence, tout le peuple tunisien va venger Chokri, s’emporte une manifestante.

“On s’attendait à tout sauf à l’assassinat de figures politiques, surtout celles qui dérangent le gouvernement. Chokri était un symbole médiatique et il fallait le faire taire à jamais”, renchérit Atidel Majebri, une universitaire.

La police a ensuite dispersé au gaz lacrymogène les manifestants après avoir été visée par des jets de bouteilles. Puis, une ambulance transportant le corps de l’opposant tunisien s’est symboliquement arrêtée devant le ministère, entourée par la foule en colère.

Le chef d’Ennahda a rejeté les accusations contre sa formation politique les qualifiant de “règlements de compte”, et dénonçant “un crime odieux et un acte lâche visant à déstabiliser le pays”. “Ils (les auteurs du crime) veulent un bain de sang mais ils ne vont pas réussir”, a-t-il dit dans une déclaration à l’AFP. Cet assassinat qui a l’allure d’un meurtre commandité est une première en Tunisie depuis la révolte de 2011.

Le Tunisien Chokri Belaïd était un farouche opposant aux islamistes au pouvoir et un militant de tendance marxiste et panarabe, qui a été propulsé par les médias au-devant de la scène politique après la révolte. Coordinateur général du Parti des Patriotes démocrates (PPD, légalisé en mars 2011), ce tribun à la voix rugueuse et au franc-parler a souvent défié de front les islamistes du parti Ennahda.

Demotte “choqué” par l’assassinat de l’opposant tunisien

Chokri Belaïd
Le ministre-président wallon et francophone, Rudy Demotte, s’est déclaré mercredi “choqué” par l’assassinat de l’opposant tunisien Chokri Belaïd, tué de plusieurs balles en sortant de chez lui à Tunis.

M. Demotte, qui est chargé des Relations internationales, a indiqué dans un communiqué avoir appris “avec tristesse” l’assassinat de Chokri Belaïd, avocat et figure de l’opposition tunisienne de gauche. Il était secrétaire général du Parti des patriotes démocrates unifié, allié au Front populaire. “Les pensées du ministre-président vont aux Tunisiennes et aux Tunisiens si attachés au caractère pacifique de leur révolution“, ajoute le texte.

M. Demotte, qui se dit fort préoccupé par la transition démocratique en Tunisie et le “climat délétère” qui y règne, pays partenaire de la coopération avec la Wallonie et la Fédération Wallonie-Bruxelles, a appelé les autorités tunisiennes “à ce que toute la lumière soit faite sur cet assassinat et à tout mettre en œuvre pour ces violences cessent”.

Selon lui, la Wallonie et la Fédération Wallonie-Bruxelles sont déterminées à poursuivre l’accompagnement de cette transition. Le programme triennal de coopération 2012-2014 avec la Tunisie a prévu un soutien spécifique à la transition politique via des échanges de journalistes, le soutien aux associations de femmes ou encore la formation des jeunes des zones défavorisées de l’intérieur du pays.

Belga et AFP

Affrontements entre policiers et manifestants à Tunis

Des heurts entre policiers et des dizaines de protestataires ont éclaté devant le ministère de l’Intérieur, sur l’avenue Bourguiba à Tunis, alors que des manifestants y accompagnaient l’ambulance transportant l’opposant tué mercredi, selon un journaliste de l‘AFP.

Les manifestants ont jeté des pierres sur les policiers qui ont répliqué avec des gaz lacrymogènes et de violents coups de matraque pour disperser la foule, alors que quelques dizaines de personnes protégeaient l’ambulance malgré les nuages de gaz.

La police avait déjà tenté de disperser la foule une première fois après avoir été visée par des jets de bouteilles mais l’arrivée de l’ambulance, bardée de drapeaux tunisiens, a permis à la foule de se regrouper. Les forces de l’ordre sont cependant rapidement revenues à la charge malgré ce cortège hautement symbolique remontant cette avenue, en plein centre de la capitale, qui était un haut lieu de la révolution de 2011.

“C’est un fils du peuple, c’est normal qu’il passe sur l’avenue Habib Bourguiba, a déclaré à l’AFP Moufida Abbassi, journaliste et amie de la victime. Vers 14H40 GMT (15H40 HB), les heurts avaient cessé sur cet axe peu après que le véhicule transportant le corps de Chokri Belaïd, tué par balles dans la matinée, ait quitté l’avenue. Les affrontements se poursuivaient cependant dans les rues alentours, les policiers pourchassant les protestataires. Les opposants accusent les islamistes au pouvoir d’être responsables du meurtre, ce que le parti Ennahda a démenti avec véhémence.

Des locaux d’Ennahda, au pouvoir, ont été attaqués par des manifestants dans plusieurs villes et les manifestations se sont multipliés à travers la Tunisie. (Fethi Belaid)

Belga

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