«L’élection du Président Aziz en 2009 était légitime»

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Moulay Najim Ould Moulay Zeine dg de Points Chauds en entretien avec Madame Jo Ellen Powell ambassadrice des Etats Unis en Mauritanie

Dans un entretien avec l’ambassadrice américaine en poste à Nouakchott, Mme Jo Ellen Powell, Points Chauds a abordé avec plusieurs sujets d’actualités dont, entre autres, la condamnation du putsch du 6 août 2008 puis la reconnaissance par la suite de Mohamed Ould Abdel Aziz ; l’existence ou non d’une base américaine en Mauritanie ; le sort des citoyens mauritaniens détenus à Guantanamo ; la table ronde des bailleurs de fonds de la Mauritanie tenue à Bruxelles en juin de l’année dernière et dont les USA faisaient partie ; l’AGOA ; le conflit du Sahara Occidental. A toutes ces questions, Mme Jo Ellen Powel a donné des réponses sans détour.

Points Chauds :    Les Etats Unis d’Amérique ont fêté le 4 juillet dernier , le jour de l’indépendance ,quel sentiment avez-vous pour ce jour ?

Madame Jo Ellen Powell : Quant je pense au 4 juillet qui est le jour de notre fête d’Indépendance, j’ai le plus souvent en mémoire le discours que le président Franklin D. Roosevelt a donné au Congrès des USA le 6 janvier 1941. Dans ce discours il a parlé des quatre libertés qui sont fondamentales, pour nous les américains, ce sont : la liberté d’expression, la liberté de culte et le droit de vivre à l’abri du besoin et de la peur.

Ces quatre libertés auxquelles nous tenons beaucoup, sont vraiment le fondement de notre indépendance, et plus j’y réfléchis plus je constate l’importance de protéger cette liberté pour tout le peuple américain et de travailler pour offrir la possibilité à tous les pays du monde, et à tous les peuples du monde d’avoir les mêmes libertés. Dans ce cadre je vous offre une copie du discours que M. Roosevelt a fait au congrès (c’est en anglais) c’est très court mais il est l’expression très éloquente des choses que nous gardons le plus soigneusement… nos libertés.

Points Chauds : Les “pères fondateurs” des USA sont toujours présents dans la mémoire de l’ancienne génération, qu’en est-il aujourd’hui pour la nouvelle génération?

Madame Jo Ellen Powell : Je pense que l’esprit des pères fondateurs est toujours présent parmi nous et qu’il y a même dans les générations qui leur ont succédé, des leaders qui sont vraiment engagés avec le même esprit et les mêmes espoirs ; je mentionne par exemple le président Kennedy : fondateur du corps de la paix ; Rosa Parks, femme noire américaine, qui a décidé de s’assoir sur une place réservée aux blancs dans un autobus parce qu’elle était fatiguée. Nous avons le président Lyndon Johnson qui a signé l’acte des droits civiques en 1965 ; nous avons M. Martin Luther King ; et nous avons beaucoup d’autres hommes et femmes qui gardent l’esprit de nos pères fondateurs vivant et qui sont aujourd’hui des modèles pour les jeunes américains. Donc l’esprit des pères fondateurs est un esprit qui reste avec nous. Les pères fondateurs ont créé notre pays, maintenant c’est notre devoir et notre responsabilité de préserver ces acquis et de promouvoir ces libertés pour le futur. Donc, je pense qu’il y aura toujours une nouvelle génération qui exprime les mêmes espoirs et les même idéaux que nos pères fondateurs.

Points Chauds : Vous êtes la deuxième femme ambassadrice des USA en Mauritanie (après Dorothy Sampas) qu’est-ce que cela vous fait dans un pays musulman?

Madame Jo Ellen Powell : Je suis l’ambassadeur des Etats Unis en Mauritanie, et vraiment je ne vois pas l’importance que je sois femme ou non. C’est un honneur de représenter le président Obama, c’est un honneur de représenter les Etats Unis, et le peuple des Etats Unis ici en Mauritanie. J’ai passé pas mal de temps dans des pays islamiques. J’ai étudié l’islam qui est une religion du monde, bien respectée… donc je suis tout à fait honorée d’être l’ambassadeur ici!

Points Chauds : Les USA étaient hostiles au coup d’Etat d’Ould Abdelaziz en 2008 avant d’accepter ensuite l’élection de ce dernier. On dit que c’est la question de sécurité au sahel (AQMI) et l’acceptation de l’installation d’une base militaire américaine en Mauritanie qui serait à l’origine de la position du gouvernement américain ? Qu’en est-il au juste de cette base dont on parle beaucoup?

Madame Jo Ellen Powell : Je dirai que les Etats-Unis s’opposent avec force à tout changement de gouvernement par les voies anticonstitutionnelles. L’élection du Président Aziz en 2009 était légitime, par contre le coup d’Etat l’année précédente était un changement anticonstitutionnel, et nous y étions opposés. La normalisation des relations entre les Etats-Unis et la Mauritanie en 2009 a eu lieu suite à l’élection du Président.
Pour ce qui concerne la Base Militaire américaine en Mauritanie, il n’y en a pas. C’est des histoires.

Points chauds : Quel est le sort des deux Mauritaniens accusés d’appartenance à Al Qaida et emprisonnés à Guantanamo?

Madame Jo Ellen Powell : C’est une question difficile. Il ya certains détenus de Guantanamo qui n’ont été ni inculpés ni condamnés ni retenus pour un transfert quelconque. Ils doivent plutôt rester en détention parce qu’en effet, ils continuent à constituer un danger pour les États-Unis. Le 7 Mars, le Président a promulgué un décret instituant un processus approfondi d’examen périodique de ces détenus, de sorte que toute détention prolongée soit régulièrement et soigneusement évaluée et justifiée. L’examen périodique établi par le présent arrêté contribuera à assurer que les personnes qui seront soumises à une longue période de détention ne peuvent continuer à l’être que si cela est justifié et nécessaire pour se protéger contre une menace importante pour la sécurité des Etats-Unis. Le jour ou une décision définitive est prise comme quoi un détenu quelconque ne constitue plus une menace importante pour notre sécurité, le Secrétaire d’Etat et son homologue de la Défense sont tenus d’identifier un lieu de transfert approprié en dehors des États-Unis, en tenant compte des exigences de la sécurité nationale, des intérêts de la politique étrangère des États-Unis et des lois et règlements en vigueur. Aucun détenu de Guantanamo ne peut résider aux Etats-Unis après sa libération.

Points Chauds : Lors de la Table Ronde de Bruxelles en juin dernier, votre gouvernement comptait parmi les bailleurs de fonds de la Mauritanie. Un an après cette réunion, quel est le bilan?

Madame Jo Ellen Powell : Nous sommes très heureux de voir que, suite à la table ronde de Bruxelles, la Mauritanie a lancé une nouvelle stratégie ambitieuse de réduction de la pauvreté, dénommée Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté(CSLP3), élaboré par le Gouvernement de la Mauritanie en consultation avec les donateurs internationaux et les partenaires de la société civile.
Depuis la table ronde de Bruxelles, l’ambassade des États-Unis a ouvert un nouveau poste de représentant permanent de l’USAID en Mauritanie, dont nous attendons l’arrivée de la responsable. Dès qu’elle sera là elle supervisera les programmes en cours de l’aide américaine en Mauritanie. En plus des programmes de santé communautaire financés par l’USAID, l’ambassade américaine offre également des programmes actifs de Self-Help et d’assistance humanitaire qui fournissent directement des fonds aux collectivités pour financer des projets de développement au niveau communautaire. La Fondation pour le Développement de l’Afrique (AFD) soutient également les petites et moyennes industries et les coopératives, afin d’accroitre leurs revenus et d’offrir des opportunités d’affaires aux collectivités locales. De façon globale, nous continuons à travailler avec le gouvernement mauritanien, les donateurs, les partenaires au sein des ONGs et de la société civile afin d’aider la Mauritanie dans son combat contre la pauvreté.

Points Chauds : Les Etats-Unis souhaitent la prorogation de la Loi sur la croissance et les opportunités économiques en Afrique (African Growth and Opportunity Act – AGOA) qui vient à expiration en 2015. D’un autre côté il y a la Chine, qui est devenue ‘le plus grand partenaire commercial de l’Afrique et un investisseur important” ainsi que l’Inde et le Brésil ”qui ont établi leurs propres réseaux de commerce et d’investissement dans ce continent ”. Et il y a la politique européenne en matière de commerce et d’investissement dans le continent, ne pensez vous pas que ces dispositions, modifient la donne en Afrique et influent sur les choix des Etats-Unis ; créant ainsi des obstacles qui entravent cette croissance, et la politique des Etats Unis en matière de commerce et d’investissements, en Afrique , considérés comme la base des relations avec cette importante région du monde” qui est l’Afrique ?

Madame Jo Ellen Powell : Je vous assure que le président Obama croit fermement aux potentialités commerciales entre les Etats-Unis et l’Afrique. Depuis 2010, la Mauritanie a été admise au groupe de pays participant à l’African Growth and Opportunity Act (loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique -AGOA), qui prévoit un accès préférentiel des exportations africaines vers le marché américain. L’objectif de l’AGOA en Mauritanie est d’encourager la croissance des industries nationales de la Mauritanie, de créer plus d’emplois en Mauritanie et d’assurer des bénéfices pour les entreprises mauritaniennes et pour les entrepreneurs mauritaniens, par l’exportation de leurs produits vers les États-Unis. Notre collègue de la section commerciale travaille d’arrache-pied pour identifier les possibilités d’exportation commerciale de la Mauritanie vers les Etats-Unis, par exemple, en cherchant à faire participer des hommes d’affaires mauritaniens à des expositions aux Etats-Unis.
Je suis d’ailleurs heureuse qu’une délégation ministérielle mauritanienne ait participé il ya quelques jours au Forum de l’AGOA (juin 2011) à Lusaka, en Zambie.
Lors de ce forum, le Secrétaire d’Etat, Hilary Clinton, a réitéré l’importance croissante de l’Afrique sur la scène internationale et le gouvernement américain s’est engagé à soutenir l’intégration régionale et à promouvoir la croissance économique et commerciale en Afrique notamment grâce aux possibilités commerciales offertes par l’AGOA.
Ici en Mauritanie, la communauté d’affaires a bénéficié d’un certain nombre de programmes financés par le gouvernement américain, dans le cadre du programme bien connu, sous le nom de ‘’Foreign Visitors’’ (visiteurs internationaux), et ce dans des domaines tels que l’esprit d’entreprise, la transparence, la réforme économique et dans d’autres sujets et thèmes relatifs au commerce international. En avril 2010, le président Obama a parrainé un sommet pour les entrepreneurs musulmans, qui se sont réunis à Washington pour discuter sur les voies et moyens de renforcer le partenariat économique entre leurs pays et les États-Unis. Quatre entrepreneurs mauritaniens ont pris part à ce sommet au cours duquel ils ont rencontré le président Obama, des dirigeants d’entreprises américaines, et leurs pairs du monde entier. Ils ont travaillé pour créer des partenariats dynamiques qui permettront d’accroître les possibilités économiques en Mauritanie, aujourd’hui et demain.
Donc, nous essayons fortement de développer ces liens de commerce entre nos deux pays parce que c’est absolument important pour notre avenir.

Points Chauds : Les Etats Unis sont soucieux de la stabilité de la région du Maghreb, du dossier du Sahara occidental et du droit des peuples à l’autodétermination qui est un principe fondamental du droit international. Il est consacré à l’Article premier de la Charte des Nations Unies. A cet effet, peut-on connaitre réellement la position aujourd’hui de l’administration d’Obama sur la question du Sahara Occidental ?

Madame Jo Ellen Powell : Notre position est que nous soutenons pleinement le Secrétaire général des Nations-unies et son Envoyé personnel pour le Sahara occidental, Christopher Ross, un homme que je connais personnellement depuis presque trente ans, dans leurs efforts visant à trouver une solution pacifique, durable et mutuellement convenue au conflit du Sahara occidental.
Nous félicitons les parties pour s’être engagées dans une troisième série de pourparlers informels, organisée il ya quelques semaines à New York par l’envoyé personnel du Secrétaire général pour le Sahara occidental Christopher Ross. Nous saluons également les progrès réalisés par les parties dans le domaine de l’établissement d’un climat de confiance.
Enfin, notre position est que nous exhortons les parties à s’engager sérieusement, les unes avec les autres, et avec M. Ross, dans la voie d’une recherche de solution pacifique, durable et mutuellement convenue, au conflit du Sahara occidental.

Points Chauds : Madame Merci de nous avoir accordé cette interview
Madame Jo Ellen Powell : C’était vraiment un plaisir
Propos recueillis par Moulay Najim

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